19 novembre 2008
Retrouvez l'intervention d'Abdoulatifou ALY, député MoDem de Mayotte, mercredi 19 novembre dans l'hémicycle au sujet du projet de loi relatif à l'article 25 de la constitution : élection des députés, redécoupage des circonscriptions législatives.... (Lire la suite)
Monsieur le Président,
Madame la Ministre,
Monsieur le Secrétaire d'Etat,
Mes chers collègues,
Nous voici réunis pour un débat certes technique mais important pour l’équilibre de notre
démocratie, je veux parler de la délimitation des circonscriptions électorales des députés.
Je tiens d’emblée à vous donner acte d’un fait : oui, le principe d’un
redécoupage des circonscriptions législatives est légitime, compte tenu des évolutions
démographiques observées depuis 1986. Les chiffres sont là, le Conseil Constitutionnel les a
relevés à plusieurs reprises et vous les avez vous-mêmes rappelés. Nous vous savons gré de cette
heureuse initiative.
Vous nous proposez également de mettre en place une commission indépendante pour assurer le
nouveau découpage. Les esprits chagrins se souviendront qu’il y en avait déjà une en
1986 sans que cela écarte les soupçons quant au manque d’impartialité de la démarche mais
nous notons certains progrès, parmi lesquels le contreseing donné à la nomination des membres de la
commission par les commissions des lois des deux assemblées.
Enfin, nous sommes favorables au remplacement temporaire des ministres par leurs suppléants.
Cette innovation nous paraît tout simplement relever du bon sens, et accessoirement de la bonne
gestion des deniers publics.
Voilà pour les points d’accord.
Mais des sujets d'interrogations, de vigilance, voire de désaccord existent et votre
absence de réponses convaincantes sur ces points, durant les travaux en commission, nous plongent
– je vous l’avoue – dans des abîmes de perplexité… Ces sujets sont au
nombre de cinq :
- D’abord, sur la méthode, la procédure d'ordonnance ne signifie pour nous nullement vous
signer un chèque en blanc... En clair, et parce que, comme chacun sait, le diable est dans les
détails, nous serons, autant que faire se peut, très vigilants sur le travail de délimitation
des circonscriptions. Monsieur le Secrétaire d'Etat, vous avez affirmé à plusieurs reprises votre
volonté de transparence. Vous avez notamment déclaré que vous étiez prêt à recevoir tous les
députés concernés par le redécoupage. Me comptant parmi ceux-ci, j’ai saisi la balle au bond
en vous écrivant il y a plusieurs semaines. J’attends toujours votre réponse…
- Ensuite, nous sommes, comme vous, clairement favorables à deux sièges de députés minimum par
département. J’espère d’ailleurs, à titre personnel, que cela s ‘appliquera
à Mayotte, après l’accession, prévue l’année prochaine, de notre île au statut
départemental. Mais nous sommes tout aussi clairement favorables à un siège de député pour
chaque collectivité d’outre-mer. Nous jugeons donc malvenue votre hésitation, réelle ou
feinte, concernant les cas de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy. Oui, ces deux collectivités
méritent d’avoir chacune leur député, de la même manière qu’elles viennent chacune
d’élire leur sénateur. Madame la Ministre, vous avez pu mesurer, lors du débat sur les
crédits de la loi de finances, le désarroi des élus ultra-marins, tous territoires et toutes
sensibilités confondus. Ne nous donnez pas une nouvelle occasion de douter de votre volonté
d’entendre la voix de nos outre-mers.
- D'autre part, les modalités d'élection qui seront retenues pour les futurs députés représentant
les Français de l'étranger. Là-dessus, c’est – passez moi l’expression – le
flou artistique le plus complet. Quel nombre de députés ? Quel mode de scrutin ? Quel
découpage géographique ? Bref, quelles garanties démocratiques pour éviter que ces sièges ne
deviennent les nouveaux « bourgs pourris » de l’UMP, une assurance-vie électorale
pour votre majorité ? Nous n’avons aujourd’hui aucun motif d’être rassurés à ce
sujet. Or, tout ceci – et vous le savez bien – est loin d’être anodin. Les
assemblées élues en 1967, 1986 et 1988 nous ont montré que les majorités pouvaient se jouer parfois
à peu, à très peu de sièges.
- Par ailleurs, notre débat d’aujourd’hui passe totalement à côté du vrai enjeu, qui
est celui d’avoir enfin une Assemblée Nationale aux couleurs de notre pays. Vous avez, dans
le cadre de la réforme constitutionnelle, refusé d'avancer sur la voie d’une loi électorale
juste, qui intègre une part de proportionnelle et qui garantisse ainsi le pluralisme politique et
sociologique de la représentation nationale. Permettez à un des trois seuls députés du Mouvement
Démocrate représentant les 7 millions de voix qui se sont portées sur François BAYROU lors des
dernières élections présidentielles, permettez aussi à l’unique député issu de la deuxième
religion de notre pays en nombre de pratiquants, de vous le dire avec toute sa conviction :
votre projet de loi est marqué par ce défaut intrinsèque. Comme un cautère sur une jambe de
bois, il ne propose que des aménagements subalternes sur un système qui demeure profondément
injuste.
- J’aborderai enfin, et dans le même esprit, un cinquième et dernier sujet : nous
serons très vigilants sur la question des modes de scrutins territoriaux dans le cadre de la
réforme des collectivités locales annoncée par le Président de la République. S’il
s’agit de clarifier, de rationaliser, de démocratiser, nous serons à vos côtés. S’il
s’agit de contourner, de confisquer, voire de tripatouiller, nous le dénoncerons avec
force.
Pour nous résumer, nous serons inflexibles sur les principes et, en même temps, attentifs aux
débats et ouverts à toutes les garanties qui pourront être apportées à ce processus. C’est à
l’aune de ces critères que nous nous déterminerons.
Je vous remercie.
Les derniers commentaires ... Tous les commentaires
Quel plaisir
Posté par : eXistenZ | 26 novembre 2008 15:38Enfin une déclaration simple, concise et efficace qui se passe de tout jargon et de tout réhtorique politicienne. Un discours trés riche et trés sage.
Bravo !
Posté par : euro | 25 novembre 2008 22:25C'est ce genre d'intervention qui rend sa dignité à la fonction de parlementaire, trop souvent décriée. il est heureux qu'elle soit prononcée, précisément, par notre ami. Il a raison de le rappeler avec la discrétion qui convient.
Fierté d'être au Mouvement démocrate
Posté par : citoyenbaptiste | 24 novembre 2008 18:20Je ne connaissais pas M. Aly avant de lire cet article et sa présence parmi les injustement rares députés du Mouvement dépocrate me rend encore plus fier d'avoir rejoint cette formation ! Le redécoupage des circonscriptions est nécessaire, mais le fait que sept millions de Français n'aient que trois députés, M. Aly fait bien de le rappeler au gouvernement, est un manque de démocratie ! Le passage à la proportionnelle, plus ou moins limitée, devrait être l'enjeu principal des prochaines présidentielles et pourrait, pourquoi pas, faire l'objet d'un consensus avec le PS, ou du moins ce qu'il en restera...
Magnifique !
Posté par : Leris | 24 novembre 2008 17:42Un superbe discours d'un député méconnu en métropole. Bravo M. Aly, vous éclairez le débat par votre synthèse et nous vous remercions pour votre courage politique exemplaire !
Le découpage des circonscriptions.
Posté par : andre777 | 24 novembre 2008 16:05Merci et bravo Mr abdoulatifou pour cette intervention d'une grande clarté et qui ne pratique pas la langue de bois.