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14 janvier 2009
Justice : une dérive autocratique par Corinne Lepage
Corinne Lepage, avocat à la cour d'appel de Paris, professeur à l'Institut d'études politiques de Paris, vice-présidente du Mouvement Démocrate donne son point du vue dans une tribune du Monde sur la suppression des Juges d'instruction.
Comment imaginer une réforme de telle ampleur sans qu'elle ait fait l'objet d'un grand débat public ? Sans doute, le président de la République table-t-il sur une image très dégradée de l'institution judiciaire dans l'opinion publique en faisant passer cette réforme particulièrement liberticide comme une grande avancée pour les droits de la défense. C'est évidemment une mystification du même ordre que celle qui consiste à prétendre que la nomination du président de France Télévisionspar le président de la République est un progrès par rapport à sa nomination par une autorité indépendante, ou encore que le fichier Edvige constituait une amélioration pour les libertés individuelles. La vérité est que, avant de supprimer le juge d'instruction, encore faut-il savoir dans quel esprit se fait la réforme. Et c'est précisément là que le bât blesse. Depuis son arrivée au pouvoir, le président de la République a poursuivi, sans aucune rupture, la politique engagée par son prédécesseur pour réduire constamment l'autonomie que l'institution judiciaire avait acquise dans les années 1990. Mettant en exergue des erreurs judiciaires ou des drames comme Outreau, le pouvoir politique a instrumentalisé des faiblesses incontestables pour réduire toute velléité d'autonomie de la magistrature. Se sont ajoutées un certain nombre d'innovations : poursuites disciplinaires engagées contre des magistrats instructeurs ou connus pour leur engagement contre la corruption (comme Renaud Van Ruymbeke ou Eric de Montgolfier), autant de poursuites ayant lamentablement échoué. Le but évident était de déstabiliser des magistrats qui, par leur seule notoriété, représentaient une image du juge qui pouvait trouver un accueil favorable chez nos concitoyens ; politique de reprise en main extrêmement ferme des parquets et mesures d'intimidation successives à l'encontre de magistrats du siège provoquant les réactions d'une magistrature pourtant bien peu habituée à sortir de son devoir de réserve. La suppression du juge d'instruction vient donc en quelque sorte coiffer cet édifice afin de disposer d'une justice aux ordres, après avoir construit un système de contrôle direct et indirect des médias. Les juges d'instruction seraient ainsi remplacés par un système dans lequel l'instruction serait confiée au parquet, qui demeure sous le contrôle du garde des sceaux, donc du président de la République : c'est-à-dire un contrôle politique. Dans la mesure où d'ores et déjà la constitution de partie civile a été considérablement réduite, cela signifierait qu'en réalité plus aucune affaire politico-financière ou aucune affaire déplaisant au pouvoir ne pourrait faire l'objet d'une instruction en France. La compatibilité d'un tel système avec le droit à un procès équitable et à un juge impartial et indépendant est du reste clairement posée. En effet, l'impossibilité que l'ouverture d'une information dépende d'un juge indépendant exclut l'accès au prétoire, puisque le procès ne pourra jamais avoir lieu. Quant aux nouveaux juges de l'instruction, chargés en quelque sorte de faire l'équilibre entre
le parquet et la défense, ils conforteraient la justice à deux vitesses qui s'est déjà instaurée en
France. En effet, cette réforme aurait exigé d'être garantie de l'égalité des armes non seulement
entre la défense et le parquet, mais aussi entre la défense et la victime. L'intérêt du juge
d'instruction est bien souvent de permettre à la victime de trouver les preuves que les personnes
mises en examen détiennent et dissimulent. Le système américain laisse aux parties le soin de
recueillir elles-mêmes les preuves, avec leurs propres moyens. Cela implique de disposer de moyens
financiers importants. En conséquence, tant dans les affaires financières que sanitaires, les
victimes - généralement modestes - n'auront strictement aucune chance, par elles-mêmes, de voir
leur cause aboutir. Ainsi, la France ne pourrait-elle que reculer encore dans l'échelle de Richter
de la lutte contre la corruption et du fonctionnement démocratique.
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Les derniers commentaires ... Tous les commentaires
CRISE ET JUSTICE
Posté par : rene102 | 27 avril 2009 18:51Nous sommes des milliers à dénoncer depuis plus de 10 ans le système de corruption généralisé des institutions pour faire un maximum de spoliations et couvrir les pires trafics. La magistrature a largement contribué au pourrissement de nos sociétés en enterrant les affaires là où l'exemple pouvait servir au peuple. Les institutions justice police n'ont plus aucune crédibilité, bracelet électronique pour le frère DATI pendant que des milliers de beurs comme lui croupissent en taule; bracelet électronique pour un mandataire qui dépouillait les entreprises qu'il devait redresser; Des ripoux qui revendaient les fichiers de la police tabassent la partie civile en sortie d'audience avec la complaisance de certains juges décidés à faire taire par tous les moyens le dénonciateur... Pendant qu'on envoie en prison des mères et des pères de familles pour avoir osé contesté l'enlèvement de leurs enfants... Plus de vingt vidéo sur le sujet : http://www.trafic-justice.com/sitenet0/banque/esclavage.htm Tous les étages de nos sociétés sont organisés selon ce modèle accessible aussi avec Google : ripou Quels seront les juges honnêtes qui diront stop à ces dérives ?
propositions ?
Posté par : crocfer_c | 22 janvier 2009 20:44Comme trop souvent.. une belle critique, un positionement antisarko, mais où sont les propositions ?
gouvernement brutal et provocateur
Posté par : franicol | 21 janvier 2009 19:46Je suis terriblement inquiète des dérives à tendance totalitaire de notre président; cette personne me semble dangereuse pour notre démocratie; il n'y a aucune pensée structurée de gouvernance pour notre pays. Qui paie les membres des différentes structures (comités d'étude...) sans cesse créees, à la botte de notre dirigeant? Que font nos parlementaires? N'y-a-t-il que des godillots dans nos assemblées? Tout ce que propose notre président me hérisse, me heurte, m'angoisse, m'agresse. Le MoDem pourra-t-il se faire entendre?
Outreau : l'arbre qui cache la forêt !
Posté par : citizenet | 21 janvier 2009 11:44Bien entendu, il ne faut plus jamais laisser un juge d'instruction inexpérimenté s'embourber et nuire à tant "d'innocents" comme ce fut le cas dans cette affaire lamentable, mais reconnaissons que si elle n'avait pas eu lieu, Naboléon et sa cour corrompue n'auraient pas grand chose d'autre pour "instruire" à charge leur projet monarchique. On n'imagine pas non plus ces mafieux politico-financiers féliciter les juges Renaud Van Ruymbeke et Eva Joly pour leurs missions d'instruction, entre autres, des affaires Clearstream et Elf, ce serait comme scier la branche pourrie sur laquelle ils sont assis ! Alors que faire d'autre, comme on le reproche trop souvent au MoDem et autres démocrates muselés par nos institutions bananières, que de dénoncer inlassablement toutes ces mises sous tutelle d'un pouvoir qui lance de multiples commissions "écrans de fumée", petites commissions, grosses commissions, avant de décider unilatéralement en tirant la chasse ? Ainsi que cela s'est déjà produit par le passé, espérons que cette "négation autocratique" de tout débat public sur des questions aussi essentielles, sera sanctionnée en temps utile par le peuple français, bien au-delà des partis politiques et de nos pseudo-divisions internes (MoDem, Cap21 and Co) qui commencent sérieusement à me bourdonner aux oreilles, moi qui suis contre les insecticides pour raison écologique
Perry Mason parmi nous ?
Posté par : daillou | 19 janvier 2009 10:23J'adore Perry Mason... mais uniquement dans les romans d'Earle Stanley Gardner, à la rigueur dans quelques séries télévisées qui en ont été tirées. Dans la réalité, Perry Mason GO HOME !