30 septembre 2010
Lors de son intervention sur le projet de loi de régulation bancaire et financière en séance publique au Sénat jeudi 30 septembre, Jean-Jacques Jégou, Sénateur du Val-de-Marne, a plaidé pour un renforcement de la régulation financière qui passe par une réforme structurelle du système financier international. "Celle-ci doit concerner prioritairement le renforcement des échelons internationaux de supervision, l'extension du champ de cette supervision et d'un durcissement des normes appliquées", a ajouté le Vice-président de la commission des finances du Sénat.
Jean-Jacques Jégou, membre du Shadow Cabinet, responsable du Budget, des comptes publics, et de la lutte contre les déficits, a estimé que "pour sortir de la crise économique mondiale et renverser ce cycle de défiance, il faut reconstruire la finance et pour cela rétablir la confiance entre les acteurs économiques et les marchés financiers, changer les règles qui ont conduit à la catastrophe et retrouver l'ordre normal des choses, c'est-à-dire la finance comme outil au service de l'économie. "
Il a ajouté "qu'il fallait rebâtir un système financier, dont l'objectif principal est le financement de l'économie réelle et la croissance à long terme et non comme cela a été le cas ces dernières années la recherche unique de profits immédiats."
-------
Projet de loi de régulation bancaire et financière
INTERVENTION DE JEAN-JACQUES JEGOU
JEUDI 30 SEPTEMBRE 2010
Monsieur le Président, madame le ministre, mes chers collègues,
La crise financière provoquée par la faillite de Lehman Brothers et l’effondrement
d’AIG est sans doute la plus grave que le monde a connu depuis les années 30. On sait les
dérives – phénomènes spéculatifs, prises de risque excessives, titrisation - qui ont conduit
à cet effondrement du système financier.
La crise financière de l’automne 2008 a même été aggravée par le système financier
international lui-même, tant ses dysfonctionnements et ses déséquilibres structurels étaient de
plus en plus considérables. Elle a d’abord touché la finance avant de se propager à
l’ensemble de l’économie. Le temps où la finance était subordonnée à l’activité
économique est bien révolu !
Pour sortir de la crise économique mondiale et renverser ce cycle de défiance, il faut
reconstruire la finance et pour cela rétablir la confiance entre les acteurs économiques et les
marchés financiers, changer les règles qui ont conduit à la catastrophe et retrouver l’ordre
normal des choses, c'est-à-dire la finance comme outil au service de l’économie.
Tout le monde a pris conscience – et les décisions prises lors des trois sommets du G20
de Washington, Londres et Pittsburgh l’ont montré - qu’il fallait rebâtir un système
financier, dont l’objectif principal est le financement de l’économie réelle et la
croissance à long terme et non comme cela a été le cas ces dernières années la recherche unique de
profits immédiats.
Les opinions publiques ont pu avoir le sentiment, encore récemment avec le G20 de Toronto,
dont les résultats ont été décevants, que les efforts visant à renforcer la régulation financière
et à la coordonner au plan mondial ont rarement dépassé le stade des déclarations
d’intention. Il est vrai que depuis deux ans, nos concitoyens ont plus entendu parler de
mesures d’urgence, de sauvetage d’institutions bancaires, de milliards injectés dans
l’économie, de plans de relance et de mesures d’accompagnement de sortie de crise que
de décisions concrètes en matière de régulation du capitalisme financier.
Pourtant, en même temps qu’ils géraient l’urgence, les grands pays du G20,
conscients qu’une réforme structurelle était indispensable pour rétablir la confiance dans
les mécanismes de régulation de l’économie mondiale, ont ouverts de vastes chantiers destinés
à encadrer le pouvoir de la finance. La liste des chantiers ouverts par les chefs d’Etat et
de gouvernement du G20 est impressionnante : banques, fonds spéculatifs, produits dérivés, agences
de notation, règles comptables, paradis fiscaux….. Malgré cela, certains peuvent avoir le
sentiment que la mise en œuvre des nouvelles politiques de régulation se fait attendre.
Au point que beaucoup ont pu penser, faute de décisions concrètes, que le monde d’hier,
la finance d’avant la crise qui a conduit à cette crise économique, est en train de
ressurgir, et que la tentation du « business as usual » a repris le dessus.
Mais, aujourd’hui après l’adoption en juillet du Dodd-Franck Act aux Etats-Unis,
l’adoption quasi unanime d’une vaste supervision financière européenne par le Parlement
européen le 22 septembre dernier, et la discussion du projet de loi français de régulation bancaire
et financière, on peut légitimement affirmer que le renforcement de la régulation financière,
prend, certes laborieusement, forme.
Comme l’ont indiqué les chefs d’Etat lors de la réunion du G20 à Londres en avril
2009, cette réforme structurelle doit concerner en priorité le renforcement des échelons
internationaux de supervision, de l’extension du champ de cette supervision et d’un
durcissement des normes appliquées.
C’est cette direction que suit le projet de loi français. Je ne m’étendrai pas
sur les apports de ce projet de loi, qui comprend de nombreux dispositifs techniques, puisque le
rapporteur général nous les a parfaitement décrits et analysés. Au-delà de ces mesures, les enjeux
de ce texte, eux, sont essentiels puisqu’il tend à renforcer la supervision des acteurs de
marché, à une période essentielle pour la régulation bancaire et financière.
Le projet de loi de régulation bancaire et financière s’inscrit en effet parfaitement
dans le mouvement mondial de réglementation. Il est important que notre pays montre qu’il est
prêt à traduire sur le plan national les décisions européennes et mondiales en la matière.
La crise a ainsi mis en évidence la nécessité pour les régulateurs de disposer d’une
vision de l’ensemble des risques, plus particulièrement ceux de nature systémique. Elle
impose de mettre en place des structures transversales de surveillance aux niveaux national,
européen et international pour améliorer la capacité de prévention et d’évaluation des
risques comme la réactivité des régulateurs par la mise en place des systèmes d’alerte. Elle
implique également que les autorités de régulation des différents secteurs et des Etats coopèrent
et échangent les informations.
Les autorités de régulation doivent également réduire au maximum ce qu’on appelle les «
angles morts », afin qu’aucun acteur ou produit financier (notamment les plus complexes et
les plus dangereux) n’échappe à la surveillance ni à la réglementation. Cela passe par un
renforcement de la transparence et la traçabilité de ces produits, donc par des informations
fiables sur leur nature, les parties et les risques inhérents aux opérations et
l’établissement d’une réglementation proportionnée à ces risques.
Il faut enfin responsabiliser les acteurs en faisant apparaître et assumer clairement le coût
du risque. C’est tout l’enjeu de Bâle III pour les banques, Comité qui s’est
engagé le 12 septembre dernier sur la voie d’un renforcement de leurs exigences prudentielles
en leur demandant d’augmenter, à terme, leurs fonds propres disponibles et leur ratio de
solvabilité.
Si le projet de loi initial du gouvernement était en deçà des attentes, nos collègues députés
l’ont largement enrichi sur de nombreux aspects.
Le texte ainsi renforcé prévoit désormais tout un arsenal en matière de régulation et de
supervision.
Le fonctionnement institutionnel de la régulation est ainsi considérablement amélioré par la
création d’un Conseil de régulation financière et du risque systémique et par la ratification
de l’ordonnance portant création de l’Autorité de contrôle prudentiel qui rendra plus
efficace la régulation.
Par ailleurs, le projet de loi étend et approfondit le champ de la réglementation financière
en octroyant des pouvoirs d’urgence à l’Autorité des Marchés financiers, dont les
pouvoirs de sanction sont nettement étendus :
- en élargissant son champ de compétence aux produits dérivés et aux contrats sur échanges de
défaut (les fameux CDS) ;
- en renforçant le régime de règlement et de livraison de titres ou encore
- en rendant plus transparent les prêts de titres réalisés en période d’assemblée des
actionnaires et
- en aménageant certaines procédures du droit boursier.
Le projet de loi prévoit également la création d’un comité des risques dans les
établissements financiers et d’un comité de rémunérations dans les établissements de crédit
et les entreprises d’investissement afin de responsabiliser les acteurs.
Enfin, de nombreux textes communautaires sont ou seront transposés dans ce véhicule
législatif, notamment sur les collèges de superviseurs et les échanges d’informations entre
régulateurs. Le gouvernement pourra transposer plusieurs directives récentes sur les organismes de
placement collectif en valeurs immobilières, les droits des actionnaires ou les établissements de
monnaie électronique.
A ce propos, il faut noter tout particulièrement les dispositions européennes transposées ici
sur les agences de notation, dont on sait qu’elles ont été un des maillons faibles du système
financier. Ces dispositions prévoient notamment leur agrément et leur contrôle par l’AMF et
leur responsabilisation, ce qui est, selon nous, essentiel. Les agences de notation doivent être
sévèrement encadrées sur leurs méthodologies, les outils et modèles qu’elles utilisent, les
risques qu’elles mesurent, ce qu’on appelle leurs « standards », à la façon des
professions de comptabilité et d’audit qui sont encadrées et contrôlées au niveau
supranational. Il est indispensable que ces institutions qui émettent des avis aussi importants que
des comptes soient soumises à des règles aussi exigeantes.
Il faut en effet rappeler que la crise économique commencée en 2008 présente le paradoxe
d’avoir débuté au sein d’un des secteurs apparemment les plus régulés de
l’économie, le secteur bancaire. Cela montre bien les limites des règles normatives si elles
sont contournées ou dépassées par des produits innovants. C’est pourquoi, le renforcement des
pouvoirs des superviseurs, et l’amélioration des mécanismes de transparence sont nécessaires
pour prévenir les crises futures. Le simple ajustement technique des règles actuelles n’est
pas suffisant.
La mondialisation financière rend également indispensable l’élargissement du champ de
la régulation aux entités et territoires actuellement encore peu ou pas couverts, les fameux «
trous noirs » de la finance mondiale, que sont les hedge funds ou les paradis fiscaux. Ce point est
prioritaire car toute faille dans le champ d’application de la régulation la rendrait
inopérante.
La mise en œuvre du renforcement de la régulation financière est un processus lent et
complexe car elle nécessite la recherche d’accord au niveau international et européen de
l’ensemble des acteurs et des Etats. Il faut d’ailleurs saluer les efforts du
gouvernement français sur la scène internationale en ce sens. Il faut aussi se réjouir du récent
accord sur la supervision financière européenne dont j’ai parlé tout à l’heure.
Malheureusement, cet évènement n’a pas eu l’écho qu’il mérite auprès du grand
public et n’a pas été salué comme il aurait du l’être vu son importance, alors
qu’en la matière l’action de l’Union européenne est décisive.
Le renforcement de la régulation passe par la création de structures supplémentaires,
l’affectation de moyens conséquents et l’ajustement technique des normes. Mais il ne
pourra être effectif que si les autorités nationales, européennes et mondiales qui seront chargées
de mettre en œuvre la réforme de la régulation sont reconnues comme légitimes afin
d’assurer l’efficacité de cette réforme pour prévenir et traiter les futures crises.
C’est tout l’enjeu du prochain sommet du G20 à Séoul en novembre prochain, où les chefs
d’Etat devront montrer leur détermination à poursuivre dans la voie de la régulation du
système financier.
Vous l’aurez compris, mes chers collègues, nous considérons que ce projet de loi va
dans le bon sens. C’est pourquoi, le groupe Union centriste le votera.
Les derniers commentaires ... Tous les commentaires
Haro sur la Finance!
Posté par : Andalousie | 4 octobre 2010 19:14C'est bien ce que l'on entend aujourd'hui un peu partout. C'est malheureusement un peu oublier que la Finance n'est qu'une anticipation du résultat économique des entreprises et de l'économie en général.
Certes les mesures prises pour encadrer ce monde de la finance sont -ou plutôt seront- utiles pour éviter de nouvelles bulles financières* qui explosent comme des ballons de baudruche .
Mais la nouvelle crise économique risque d'être aussi sévère et nous nous y préparons assez mal, me semble-t'il. Le pire est devant nous. Restons zen, l'économie n'est pas tout! Vive le mouvement démocrate!
*pour mémoire l'indice CAC 40 était à 1000 en 1987, puis est monté jusqu'à 7000 avant la crise Internet de 2000 et se situe aujourd"hui en 2010 à près de 3800, après un plus bas à 2700 en déc. 2008.
finance sous controle de l'EUROPE
Posté par : gilco | 4 octobre 2010 16:53Je l'ai déjà approuvé, l'économie dans son ensemble doit être coordonné au niveau européen : il faut un ministre des affaires économiques et financières européennes coordonnant les affaires économiques et financières des états membres.... Commençant par le budget.... mais aussi les échanges économiques (importation soumise à controle..., taxation évenuelle correctrice et aides à l'exportation... Cette taxation luttant contre les délocalisations.... Développer les PME innovatrices par des subventions d'aides aux initiateurs pour de bonnes initiatives....et, à l'exportation.... Des comités départementaux (regroupant élus et citoyens) devant être créés pour étudier les dossiers primables et, les subventions accordées avec prise de pârticipation....TERMINE le fond perdu ?