30 juin 2009
Jacqueline Gourault, sénatrice du Loir-et-Cher, est intervenue au Sénat, mardi 30 juin, en tant que corapporteur de la mission temporaire sur l'organisation et l'évolution des collectivités locales.
"Monsieur le président, monsieur le ministre, monsieur le secrétaire d'État, mes chers collègues, comme Yves Krattinger, j'ai eu beaucoup de plaisir à être corapporteur de cette mission temporaire sur l'organisation et l'évolution des collectivités territoriales, qui a été créée sur votre initiative, monsieur le président du Sénat.
De même, j'ai été très heureuse de participer à ses travaux, aux débats, aux déplacements, aux confrontations d'idées, qui ont toujours eu lieu dans un climat de confiance et de respect, tout au long de ces huit mois. (Lire la suite)
Je remercie le président Claude Belot d’avoir organisé nos travaux et de nous avoir
écoutés. Je voudrais aussi dire à Yves Krattinger, ainsi qu’aux vice-présidents, tout le
plaisir que j’ai eu à travailler à leurs côtés.
J’ai, comme beaucoup de mes collègues sénateurs, organisé des réunions sur la réforme
des collectivités territoriales dans mon département de Loir-et-Cher. Les échanges, très fructueux,
qui se sont organisés autour de trois thèmes, indissociables, que sont l’architecture et la
gouvernance, les compétences ainsi que les finances locales m’ont définitivement convaincue
que les élus sont prêts à parfaire la décentralisation, dont le principe est inscrit dans notre
Constitution.
Chacun s’accorde à reconnaître la nécessité de la réforme afin d’éviter
l’enchevêtrement des compétences, mais aussi pour améliorer l’efficacité de
l’intervention publique et simplifier les procédures et dossiers administratifs, qui sont
trop nombreux.
Chacun est également d’accord pour une réforme globale de la fiscalité locale. Les élus
ne cachent pas leur vive inquiétude sur la pérennité, à long et moyen terme, des ressources
financières des collectivités territoriales.
Chacun se pose aussi la question des missions de l’État. Quelle doit être sa présence
sur les territoires ? Quelles doivent être ses relations avec les collectivités territoriales,
aussi bien en ce qui concerne la gouvernance que les compétences et l’autonomie financière
des collectivités ?
Chacun a pu constater, par ailleurs, la diversité des territoires.
Diversité en fonction de leur localisation : les territoires peuvent être ruraux, urbains,
périurbains, situés en zone de montagne, frontaliers, ou encore en bordure de littoral, sans
oublier les autres, ceux « de l’intérieur », comme disent les Alsaciens.
Diversité en fonction de leur densité de population : certains territoires sont très peuplés,
d’autres gravement dépeuplés ou de densité moyenne.
Diversité en fonction des traditions d’organisation : tradition locale de coopération,
comme en Bretagne, appartenance identitaire forte à l’échelle de départements ou de régions
ou, au contraire, comme dans ma région, liens historiques si forts avec la capitale que c’est
la tradition jacobine qui est très présente et prégnante dans les relations avec l’État.
La première conséquence de cette diversité est que si, comme nous le pensons, il faut
effectivement une loi-cadre, il faut aussi conserver suffisamment de souplesse pour adapter à cette
diversité territoriale les outils nécessaires à une bonne gouvernance.
La seconde conséquence est que nous avons besoin de lois électorales équilibrées représentant
à la fois les territoires, les populations et les courants d’opinion, c'est-à-dire
l’unité de la République, dans toute la diversité des éléments qui la composent.
Notre rapport présente quatre-vingt-dix propositions, qui ont été précédées de vingt-sept
autres. Ces propositions me semblent faire l’objet d’un consensus. Elles constituent,
et il est important que tout le monde entende ce message, le socle sur lequel nous nous sommes tous
mis d’accord.
Évidemment, lors des débats parlementaires, chacun pourra défendre son point de vue
personnel, enrichir le travail fondateur de la mission et se positionner par rapport aux projets de
loi et projets de loi de finances.
Sur la question de la clarification des compétences, la mission souhaite renforcer les
compétences obligatoires par niveau de collectivités territoriales, comme nous l’avons fait
par exemple pour la compétence accordée aux régions en matière économique.
En même temps, elle souhaite reconnaître à chacun des niveaux de collectivités une «
compétence d’initiative » fondée sur l’intérêt territorial, dans le respect de la
répartition des compétences entre les différents échelons et, bien sûr, du principe de
subsidiarité.
Elle souhaite également ouvrir la possibilité pour une collectivité d’agir sur la base
d’une procédure de « constat de carence », favorisant une approche négociée de la répartition
des compétences.
Les femmes et les hommes élus de notre pays doivent conserver leur capacité
d’initiative pour continuer à mener des politiques créatives, audacieuses et répondant aux
besoins de leurs territoires.
On voit bien que ce sont les élus qui portent des projets, dont certains sont une telle
réussite pour les habitants de leur territoire qu’ils entraînent une attractivité très forte
À moyens égaux, à compétences égales, les structures sont un élément, mais ce sont les élus
qui font la vie quotidienne de leur territoire. Il faut donc garder leur capacité
d’initiative et d’action dans les collectivités territoriales.
Exerçant des responsabilités dans le domaine de l’intercommunalité, je souhaite
souligner la facilité avec laquelle nous avons obtenu un consensus dans ce domaine.
Notre mission préconise notamment l’achèvement et la rationalisation de la carte de
l’intercommunalité, ainsi que la réforme des commissions départementales de coopération
intercommunale, les CDCI, qui est absolument nécessaire pour renforcer la place des
intercommunalités.
Il convient également que les élus puissent saisir la CDCI, qui se réunit aujourd’hui
seulement sur l’initiative du préfet.
Je passerai rapidement sur la réduction du nombre des syndicats intercommunaux. Il
n’est pas question ici d’idéologie : tout le monde sait qu’ils sont très
nombreux, même si, bien sûr, certains sont nécessaires et doivent perdurer.
L’élection des conseillers communautaires par fléchage sur les listes des candidats aux
élections municipales a fait l’objet d’un accord presque unanime. Le principe a été
approuvé par la mission, avec son corollaire, le changement du mode de scrutin, avec
l’abaissement des seuils pour le panachage.
À titre personnel, je voudrais cependant attirer l’attention sur les conséquences de ce
fléchage, notamment en termes de fonctionnement, dont il faudra prendre la mesure.
Monsieur le ministre, monsieur le secrétaire d'État, en ce qui concerne les finances locales,
je tiens à rappeler, pour compléter les propos de mon collègue Yves Krattinger, le consensus
obtenu, là aussi, sur la nécessaire réaffirmation de l’autonomie financière des collectivités
territoriales.
Il importe en outre de maintenir le lien entre les entreprises et les territoires, de réviser
les bases d’imposition et d’établir une véritable péréquation.
Dans son rapport sur les résultats et la gestion budgétaire de l’État pour
l’année 2008, la Cour des comptes, dans sa grande vigilance, s’inquiète avec raison de
l’extension, en 2009, du périmètre de l’enveloppe normée incluant le fonds de
compensation pour la TVA, le FCTVA. En effet, dans la mesure où ce dernier s’apparente à une
dépense dynamique, il nous est permis d’avoir des doutes sur l’évolution des autres
dotations.
Nous préconisons donc une plus grande lisibilité dans les finances locales. En la matière,
chaque loi de finances contient son lot d’adaptations, voire de changements de méthode : il
faut que cela cesse.
Par ailleurs, la mission temporaire, à l’unanimité, a reconnu le fait métropolitain,
point que mon collègue Yves Krattinger a longuement développé. La France gagnera à voir ainsi
consacrées ses métropoles de taille européenne.
Le rapprochement entre le département et la région est une autre question d’importance.
MM. Belot et Krattinger l’ont rappelé, la mission est favorable à l’instauration
d’un conseil régional des exécutifs, perçu comme l’élément essentiel du rapprochement
entre les départements et la région. Certains de mes collègues ne partageaient pas cette position
et auraient préféré retenir l’idée, avancée par le comité Balladur, des « conseillers
territoriaux ».
Je ne sais pas si la création de cette nouvelle catégorie d’élus figurera dans la loi.
Ce qui est sûr, c’est que, pour l’instant, le rapport de ce comité n’a pas force
de loi ! Au demeurant, ayant entendu M. Balladur s’exprimer sur ce sujet à l’occasion
d’une conférence organisée dans mon département, j’ai pu constater que sa position
avait d'ores et déjà évolué depuis la publication du rapport, notamment sur le mode
d’élection.
Monsieur le ministre, mes chers collègues, je sais que je touche là un point sensible, mais,
n’ayant pas l’habitude de contourner les problèmes, je préfère être directe !
L’intercommunalité en est le plus bel exemple, les consciences peuvent évoluer dans le
temps. Je me souviens, comme sans doute beaucoup d’entre vous, que la mise en place des
intercommunalités, à son début, s’est heurtée à de nombreuses réticences. M. Chevènement, ici
présent, ancien ministre de l’intérieur, peut d’ailleurs en témoigner. Dans certains
départements, il y a même eu des mesures de protection prises en réaction.
Je tiens à le souligner, la mission temporaire, dans le cadre de ses travaux, a reconnu
l’intercommunalité comme un élément positif et une réussite indéniable, même si, c’est
vrai, elle est encore perfectible.
Par conséquent, mes chers collègues, point n’est besoin de nous couvrir
d’invectives, car chacun peut évoluer dans ses positions !
Monsieur le ministre, à titre personnel, je vous le dis tout net : si l’on engage la
réforme territoriale en proclamant qu’il faut supprimer un tiers des élus, c’est, à
coup sûr, raté !
J’ai pourtant lu hier des déclarations allant dans ce sens. Cela me fait penser à
l’annonce du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite.
(Murmures sur certaines travées de l’UMP.) J’ai tout de même le droit de
m’exprimer, mes chers collègues ! Vous pourrez en faire de même tout à l’heure !
Cette suppression serait un très mauvais signal, car chacun connaît l’importance du
rôle des élus, notamment communaux, sur notre territoire.
Monsieur le ministre, si vous supprimez trop de postes d’élus, je crains qu’il ne
faille justement augmenter le nombre de fonctionnaires. (Applaudissements les travées de
l’Union centriste, du groupe socialiste et du groupe CRC-SPG, ainsi que sur certaines travées
du RDSE.)
Il pourrait arriver – pourquoi pas ? – que la réforme territoriale, une fois la
loi votée, ait pour conséquence une réduction du nombre des élus, mais le fait de poser celle-ci
comme un principe de départ est inacceptable pour le Sénat et pour tous ses membres qui défendent
le développement de leurs territoires.
Nous, élus, conscients du contexte difficile que nous traversons et des efforts à faire face
à la crise, sommes nombreux à réclamer une clarification et une plus grande efficacité. Mais, mes
collègues l’ont rappelé avant moi, la participation des collectivités territoriales aux
dépenses publiques est d'ores et déjà très significative.
Monsieur le ministre, j’ai été le rapporteur pour le Sénat du projet de loi relatif à
la fonction publique territoriale quand vous-même étiez chargé, au gouvernement, des collectivités
territoriales.
Vous savez donc combien cette fonction publique joue un rôle extrêmement important aux côtés
des élus.
En conclusion, monsieur le ministre, monsieur le secrétaire d'État, j’espère que
l’important travail fait par les sénateurs inspirera, en partie du moins, le Gouvernement
dans sa volonté de réforme, dont nous sommes très nombreux à sentir la nécessité. De notre côté,
nous sommes tous prêts. Et vous, êtes-vous prêts à faire confiance à l’intelligence
territoriale ?" (Applaudissements sur les travées de l’Union centriste, du groupe socialiste
et du groupe CRC-SPG, ainsi que sur certaines travées du RDSE. – M. Bruno Retailleau
applaudit également.)
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mille-feuille
Posté par : kinoune | 6 juillet 2009 11:26Je trouve compliqué ce mille-feuille administratif departement-region-syndicat mixte agglo' grande et petite' cela a un coût et les citoyens ne sont pas députés ou sénateurs donc c'est le flou artistique pour nous! j'aimerai un référendum sur un projet avec 2 propositions claires!
Cela est-il possible?
cordialement
merci
Posté par : coolfifi | 4 juillet 2009 13:22Merci de nous tenir au courant du travail de nos représentants. Cette intervention me paraît frappée au coin de la sagesse, de la modération et d'une longue expérience de terrain. C'est trés exactement ce que j'attends de mes élus car l'innovation révolutionnaire peut être trés utile en certains domaines mais dans les systèmes complexes, la politique de la table rase ne fait que remplacer des incohérences, des dysfonctionnements et des problèmes par d'autres tout aussi nocifs pour le développement de nos territoires. Merci madame Gourault pour le sérieux de votre travail, certainement peu médiatique mais tellement plus utile que toutes les petites phrases spirituelles de certains de ces "messieurs" si prisés des médias.