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8 novembre 2010

Marc Fesneau : "Il faut en finir avec les relations déséquilibrées entre amont et aval dans les secteurs stratégiques de l'agriculture"

Marc Fesneau

Les producteurs de viande manifestent depuis plusieurs jours et depuis ce matin de manière plus visible encore sur la crise du secteur dont ils sont les premières victimes. Le Mouvement Démocrate entend et comprend parfaitement cette colère liée aux rapports entre amont et aval des filières agricoles.

Une fois de plus, un opérateur aval d'une filière agricole est à l'origine de cette crise. Depuis plusieurs années force est de constater que, malgré les promesses, certains opérateurs ont décidé avec une forme de mépris inacceptable, de refuser tout dialogue et en décidant d'appliquer simplement la loi du plus fort et non celle des relations commerciales équilibrées.

Cette crise appelle plus globalement plusieurs remarques : (Lire la suite)


La première porte sur la concentration excessive à laquelle nous sommes confrontés dans ce secteur comme dans bien d'autres. Désormais placés en situation de quasi monopole certains opérateurs des filières agricoles ont décidé d'agir avec les méthodes et les moyens que confèrent ce type de situation : le rapport de force, la contrainte continue sur les producteurs au mépris même des coûts de production et des réalités économiques, le refus du dialogue. Il faudra qu'un jour soit posée la question de cette concentration excessive contraire à la libre concurrence et défavorable tant aux consommateurs qu'aux producteurs

La seconde porte sur la prise en compte des nouvelles pratiques agricoles de ces filières : seule une rémunération équitablement répartie entre les consommateurs et les autres opérateurs de la filière pourra permettre de reconnaître et de développer les pratiques plus respectueuses de l'environnement. C'est à chacun de prendre ses responsabilités

La troisième porte plus que jamais cette crise pose la question du rôle et de la place de l'Etat. L'Etat est parfaitement dans son rôle lorsqu'il décide de contraindre certains opérateurs à venir à la table des négociations. Et le Ministre de l'Agriculture est dans son rôle lorsqu'il organise le dialogue. Plus que jamais c'est de régulation dont a besoin ce secteur, faute de quoi c'est l'existence même de pans entiers de notre agriculture que nous risquons de voir continuer de disparaître.

Enfin, plus fondamentalement encore, cette crise révèle à quel point la valeur travail, tant vantée par le Président de la république, est délaissée au seul profit de la valeur argent puisque finalement elle vient démontrer que l'on peut encore, au XXI ème siècle, travailler plus de 45 heures par semaine pour perdre de l'argent. C'est sans doute là que réside le plus grand scandale.

Marc Fesneau
Secrétaire Général du MoDem
Membre du Shadow Cabinet responsable de l'agriculture
Maire de Marchenoir, Président de la Communauté de Communes Beauce et Forêts


Les derniers commentaires ... Tous les commentaires

Supprimer les sociétés intermédiaires

Posté par : liberal1 | 11 novembre 2010 00:54

Un gouvernement soucieux de la justice de son économie, devrait contrôler les sociétés écrans que les sociétés des multinationales et de la grande distribution (avec ses 4 ou 5 plateformes d’achat) possèdent, ainsi que des détournements de facturation vers des sociétés étrangères ou dans des paradis fiscaux. Cet argent détourné représente une énorme perte de perception fiscale, et une perte énorme de marge pour les producteurs. Alors, facile proposons le a nos futurs électeurs, qui sont parfaitement au courant et souffrent de ces surfacturations dans leurs achats de tous les jours.


remarques de "Candide"

Posté par : coolfifi | 10 novembre 2010 03:04

N'y a t il aucune loi interdisant les situations de monopole? Il me semble me souvenir que Bruxelle refusait que certaines multinationales en rachètent d'autres en vertu d'une loi anti-concentration. Ne serait-il pas possible d'invoquer le principe de l'illégalité du monopole pour contrer ces centrales d'achat monopolistiques qui asphyxient les producteurs agricoles nationaux ?
Le seul intérêt à voir l'importance que prennent désormais les produits alimentaires pour les spéculateurs financiers, c'est qu'enfin nos partenaires européens vont peut-être à leur tour prendre conscience de l'importance de conserver et développer une agriculture européenne.
Car si les Chinois achètent des terres agricoles partout dans le monde et en particulier en Afrique c'est à la fois pour nourrir leur propre population et pour envahir les autres marchés. Sans concurrence ils pourraient à leur tour prendre les consommateurs européens en otage. Et si le consommateur européen se met à avoir des prix alimentaies exorbitants, je vois mal comment il pourra consommer des services et des produites manufacturés qui se sont pas de première nécessité.
L'agriculture, qui était une activité dévalorisée dans les pays occidentaux développés qui devaient devenir exclusivement des pays de service débarrassés d'agriculteurs et d'ouvriers, pourrait redevenir une activité recherchée et valorisée.
Economiquement et écologiquement, il devrait être désormais plus facile de convaincre les partenaires européens de l'importance de la régulation dans le domaine agricole, de son carractère obligatoire et de l'utilité incontestable d'une PAC réformée pour conserver une agriculture européenne.


Il faut dire les choses

Posté par : phiphilac | 9 novembre 2010 23:32

Bravo pour ce dernier paragraphe, Marc. Ce n' est pas d' aujourd' hui, Il y a déjà quelques années, des producteurs d' oeufs travaillaient à perte pour rembourser les emprunts leur ayant permis de financer leurs bâtiments. Une forme de production s' appelle l' intégration. Est- elle intègre? Mon père disait souvent : ce n' est pas celui qui gagne l' avoine qui la mange. On le voit bien aussi dans le système des retraites.


SCHIZOPHRENIE, le sujet qui fâche.

Posté par : phiphilac | 9 novembre 2010 23:22

le bon sens paysan a laissé place au cul sur le siège du tracteur, moins fatigant ! Il faut savoir ce que l' on aime ..... Notre quotidien, la Nouvelle République du Centre- Ouest, édition d' indre- et - loire a sorti une page, récemment, sur les aides sociales dans le monde agricole. Le constat n' était pas très brillant pour la politique agricole départementale de ces dernières décennies. je pense que cette politique découle des orientations nationales issues de la pensée profonde des brillants technocrates européens vivant dans leurs bureaux climatisés, à l' abri des agressions olfactives des productions concentrationnaires dédiées au profit des Hyper-super- cocci où le commun des revendicateurs va faire ses misérables courses. Cultivons notre jardin, candide.


Au delà de la viande, collusion hier à Genvève

Posté par : Canard_Orange | 9 novembre 2010 12:44

Oui M. Fesneau, vous avez raison.

A Genève hier, les puissants fonds d'investissement mutinationaux ont décidé de faire monter le prix des denrées et des énergies pour leur seul profit. Une philosophie qui porte à devenir le plus riche du cimetière plutôt que le plus vieux ou le plus heureux.

Notre pays doit agir, toutes tendances politiques confondues à maintenir l'outil paysan sous peine de nous faire coloniser à l'instar de ce qui se passe en Irlande ; la-bas, la majorité de la nourriture y est exportée par Londres, qui l'achète au Chili ou en Chine, denrées payées en Euros qui rapportent un peu à la Couronne quand la Livre baisse. J'aime les Irlandais, et je ne comprends pas comment ils ont pu se faire enfermer dans une telle dépendance alors que les ressources naturelles de l'Ile suffiraient.

Plusieurs pays de l'UE perdent leur capacité de production agricole et d'élevage. En Pologne et dans les pays baltes, des fonds d'investissement étrangers achètent en aveugle les terres par milliers d'hectares en écartant les autochtones de leur fermes.

Dans les Balkans, la Bulgarie par exemple affiche près de la mer noire des terres fertiles inutilisées par centaines de kilomètres carrés. Les investissements se sont engouffrés en 2008 dans la construction de complexes touristiques les pieds d'ans la mer. Seulement voilà ; ils ont construit des ruines qui semblent ne plus pouvoir être terminées à cause de l'environnement de chantier apparemment définitif.

En conclusion, quoique l'on pense de nos paysans producteurs en France, nous devons tous les soutenir, sans exception pour deux raisons principales et une raison plus large:
1) Eviter la colonisation de la nourriture par la finance.
2) Eviter une France en friche totale.
3) Eviter la famine de pays faibles



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