6 mai 2009
Gino Ponin-Ballom, tête de liste européenne du Mouvement Démocrate pour l'Outre-Mer, a écrit une tribune à l'occasion de la journée de l'Europe, le 9 mai.
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Quand des amis européens me demandent d'où je suis, je prends un billet de cinq ou dix euro, et
je leur montre mon île, La Réunion, qui apparaît aux côtés de la Martinique, de la Guadeloupe et de
la Guyane en bas et à gauche du verso du billet, juste à droite du mot « EURO
ΕΥΡΏ ». La plupart du temps, mes amis ouvrent de grands yeux, n'ayant jamais
remarqué la présence des territoires ultra-marins européens sur les billets pourtant en circulation
depuis près de dix ans !
Nous sommes, nous les DOM-TOM, dans l'Europe et dans le club exclusif de la zone Euro. Peu de
gens savent que nous existons. Et s'ils nous connaissent, ils peinent souvent à nous positionner au
bon endroit du planisphère.
Bien entendu, nous représentons peu de choses : 1,8 millions habitants, soit 0,36 pour cent
de la population européenne. Mais cela nous met au niveau du 23ème pays sur les 27 pays de l'Union
quand on les classe par ordre de population.
Ce 9 mai a été choisi comme journée de l'Europe. Une belle occasion de s'interroger non pas
sur le sens de l'Europe, mais bien sur le sens de l'Outre Mer pour l'Europe !
Traditionnellement, pour nous peuple d'Outre Mer, l'Europe c'est un soutien aux travaux
d'investissement de nos collectivités, aux programmes de formation, au tourisme. Nous voyons
souvent le logo de l'Europe le long de nos routes. C'est l'Europe qui nous accompagne. Des
dispositifs utiles et appréciables, mais certainement pas suffisants.
Ma conviction, c'est que nous apportons à l'Europe autant que nous recevons de l'Europe, et
qu'il est essentiel lors de la prochaine mandature de le faire savoir, reconnaître et apprécier.
Comme aimait le dire l'ancien Vice Président Al Gore avant l'élection du président Obama, la
politique est une énergie renouvelable. La prochaine échéance électorale européenne est une
magnifique opportunité pour que les nouveaux élus ultramarins du Parlement de Strasbourg partagent
avec leurs collègues du vieux continent l'énergie si particulière qu'ils représentent.
Je citerai cinq dimensions à valoriser.
La première, « Humanité d'Outremer, Humanité d'Europe ».
L'Europe se dit Humaniste. C'est inscrit dans le préambule du projet de constitution
européenne. Dans l'Outre Mer, nous aimons l'humanité. Nous savons comment vivre en société ouverte,
tolérante et fraternelle.
Dans l'Outre Mer, nous construisons chaque jour une société humaniste; le respect des
différences, des croyances, des origines, des parcours. C'est une réalité. Nous pouvons partager ce
savoir-vivre. Nous pouvons « entraîner » l'Europe sur cette voie.
Chez nous, quand des personnes se croisent, dans la rue, dans un commerce, tout simplement en
chemin, la première chose qui se passe, c'est un échange de « bonjour ». Faites cela dans une
capitale européenne, on vous regardera comme si vous êtes malade ou désespéré. Cherchez l'erreur.
Partager cette qualité sociale, cela peut se faire en favorisant les échanges sociaux entre
l'Europe et nos territoires. Pourquoi pas un programme de type innovant, que l'on pourrait baptiser
« programme Césaire» dédié à l'intensification des relations avec l'Outremer ? (en langage
européen, l'Outremer se dit « région ultrapériphérique d'Europe »).
La seconde dimension que je voudrai partager se résume par : « Climat d'Outre Mer, Climat
d'Europe »
L'Outremer est également un ensemble de territoires particulièrement sensibles à la crise
climatique. Au cours de ce siècle, nous serons les premiers à subir l'élévation du niveau des
océans, les modifications irréversibles des milieux marins, des phénomènes climatiques renforcés et
aux effets de plus en plus dévastateurs du fait de la hausse des températures moyennes.
Nous sommes les premiers à pouvoir constituer des territoires autonomes sur le plan
énergétique, des territoires « décarbonés ». Nous sommes les premiers, par notre caractère
insulaire et contraint, à pouvoir développer de nouveaux modèles de croissance économique et
sociale qui seront ceux de l'ensemble de la planète demain. Un programme « Climat d'Outremer,
société de demain » devrait être lancé à l'initiative de l'Europe, pour développer la recherche et
la mise en oeuvre des mesures les plus impactantes afin de mettre en place dans la décennie qui
vient une nouvelle économie.
Une fois développées chez nous, ces technologies pourront ensuite être valorisées chez nos
voisins.
La troisième dimension, c'est « Frontières d'Outre Mer, Proximité du Monde »
Avec nous, l'Europe occupe une position unique dans le monde : les frontières de l'Europe
sont à deux heures de Miami, trois de Johannesbourg. Cela donne un potentiel indiscutable
d'influences, de relations d'amitiés et commerciales que l'Europe pourrait utiliser pour
s'affirmer. Nous sommes des avants postes de la solidarité européenne. Nous sommes tous des
ambassadeurs de proximité pour des populations pour lesquelles l'Europe, se trouve à l'autre bout
du monde. On ne compte pas les associations, les clubs, les écoles, les initiatives individuelles
de soutien, d'échange, de découverte mutuelle actives dans des pays parmi les plus pauvres du monde
comme Madagascar ou Haïti, au départ de l'Outre Mer. Pourquoi pas un programme « Europe d'Outre
Mer, proximité du monde ».
J'ai reçu récemment un groupe de jeunes sud-africains de Soweto. La semaine qu'ils ont passée
à La Réunion a été pour eux une semaine au coeur de l'Europe, dans une société qu'ils n'imaginaient
pas à moins de quatre heures de chez eux.
La quatrième dimension, « Nature d'Outre Mer, Nature d'Europe »
Dans cette même vision du monde, l'Outre Mer offre à l'Europe un territoire marin
exceptionnel en richesse halieutique et dans le domaine de la biodiversité. Les plus grands et
beaux lagons du monde sont ultramarins. Elle permet aussi à une époque où l'humanité est en train
d'épuiser les mers, de disposer d'un territoire de Plateforme de recherche et d'enseignement trop
peu exploité, qui offre un terrain pour des développements nouveaux, et de nouveaux gisements de
croissance qui ne concernent pas que nos territoires. « Mers d'Outre Mer, Mers d'Europe »
Enfin, la cinquième, « Mémoire d'Outre Mer, Mémoire d'Europe ».
En Outre Mer, nous avons aussi cette capacité qui manque sans doute un peu à l'Europe
aujourd'hui d'allier le travail de mémoire au travail sur le présent. De nous souvenir du parcours
de nos ancêtres, et de le respecter, pour construire le monde que nous voulons. C'est aussi cela
notre énergie.
Comme l'écrivait Aimé Césaire,
« Nous, peuples d'Outre Mer, nous sommes un ensemble de cultures uniques, dont les origines
remontent à l'époque où l'Europe se construisait trop sur la conquête, l'arrogance, la violence et
l'illusion du savoir. C'était aussi une époque d'économie mondialisée, de prospérité et d'échanges.
Nous avons gardé la mémoire des bons et des mauvais côtés. Elle coule dans notre sang. »
Ou encore David Gakunzi, (directeur du centre Martin Luther King, Kigali BURUNDI)
« Les peuples sont comme les arbres, sans racines ils ne peuvent tenir debout.»
Nous avons réussi à transmuter cela, au sens alchimique du terme, dans une richesse
culturelle unique. La construction de l'Europe ne mériterait-elle pas, pour adopter le rythme qui
lui manque, de bénéficier du secret de notre alchimie sociale et culturelle ?
L'Outre Mer, capitale culturelle de l'Europe en 2018 ? Ce sera une vraie reconnaissance de ce
que nous sommes et de ce que nous pourrons apporter à l'Europe.
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Bravo Gino
Posté par : regisr | 8 mai 2009 10:20qu'il est bon de lire votre post, oui
"..la politique est une énergie renouvelable. ...".
et heureusement. c'est notre espoir de changer l'Europe OUI nous le pouvons, l'ami Démocrate l'oncle Sam nous l'a montré
pour moi, "l'Outre Mer "sont les Rayons du soleil qui diffuse l'energie potentielle de l'Europe qui sans eux ne peut pas raynonner et sa lueur ne ferait que s'affaiblir, s'étouffer, se perdre ou exploser l'energie utile = energie produite - ennergie perdue quand l'energie perdue = l'energie produite, l'enrgie utile est nulle
Régis78