16 juillet 2008
Nathalie Griesbeck est député européenne Grand Est. Elle réagit à propos du référendum sur le traité constitutionnel en Irlande.
"Au lendemain du non irlandais, un constat s'impose : il s'agit d'un événement d'une importance majeure pour la construction européenne, et donc pour la France, puisqu'il n'y a pour nous ni action efficace ni espoir en dehors de l'Europe. De toute évidence le seul avenir pour la France comme pour chacun des autres Etats de l'Union, quelles que soient sa taille, son économie, ses spécificités et son histoire, c'est l'Europe...
...
C’est pourquoi le non au référendum sur le traité de Lisbonne ne peut ni ne doit être
pris à la légère. C’est pourtant ce que tous ou presque ont affecté de dire et de faire dans
les milieux gouvernementaux et dans la Presse en France, qui semble à nouveau gagnée tout soudain
– comme c’est bizarre – d’une crise aiguë de servilité mimétique ou de
mimétisme servile, comme on préfère. Dans la même veine, le Président français, appelé pourtant à
exercer d’ici à peine quinze jour au nom de la France, la Président du Conseil européen,
n’a-t-il pas étrangement déclaré qu’il fallait tout faire pour éviter que
l’incident irlandais ne se transforme en crise européenne. Mais rien n’y fait, la
réalité, tout le monde la voit : nous sommes bien entrés dans une période de crise véritable.
Oui, la crise est là, et bien là, hélas ! La crise économique, c’est évident,
depuis bien avant le non irlandais, qu’elle a à l’évidence favorisé pour partie. Mais
aussi et surtout la crise politique. Rien ne sert de se mettre la tête dans le sable, comme on veut
le faire à Paris et même ailleurs. L’Irlande a bien dit non au traité de Lisbonne dit
« simplifié », et qui, de toute évidence, n’a pas semblé si simple que cela aux
Irlandais. C’est l’une des causes, même si ce n’est pas la seule ni la
principale, de l’échec incontestable de ce nouveau référendum négatif sur les institutions
européennes : le troisième en trois ans (même si, nous le savons bien, les deux premiers, en
2005, en France et aux Pays-Bas, ne portaient pas tout à fait sur le même texte). A chaque fois la
réponse est la même : avec la même netteté, c’est non ! On va dans un instant
tenter de voir pourquoi.
Mais, quoi qu’il en soit, tout d’abord, il faut bien faire un constat simple et
consternant : ce revers grave sur le traité simplifié vient bien évidemment tout compliquer.
Ce traité, on s’en souvient, a été largement initié, voulu et revendiqué par avance comme un
succès personnel par monsieur Sarkozy à son arrivée à l’Elysée. Aujourd’hui son rejet
constitue incontestablement un échec pour les autorités irlandaises, comme on l’a volontiers
répété à l’envi chez nous, mais aussi très clairement, pour la France, hélas, et pour son
président, Nicolas Sarkozy comme pour son Premier ministre et l’ensemble de son gouvernement.
Mais par delà leurs personnes, cet échec est celui de l’Europe et on ne peut que
doublement le regretter. Il paraît en tout cas peu réaliste et en même temps irrespectueux de la
volonté populaire démocratiquement exprimée par un peuple, en l’occurrence les Irlandais, que
de vouloir les faire d’ici peu de temps à nouveau voter pour essayer de leur extorquer cette
fois-ci un oui.
Y songer, c’est se dissimuler qu’il y a des causes profondes à ce rejet,
qu’on aurait le plus grand tort de prendre à la légère. En effet un fossé toujours plus
profond ne cesse de se creuser entre les institutions de l’Union et l’ensemble de nos
concitoyens européens, quels qu’ils soient et à quelque pays qu’ils appartiennent.
On peut évidemment à chaque fois invoquer des particularités nationales et des circonstances
spécifiques liées à tel événement économique – aujourd’hui la crise, en 2005 en France,
l’hostilité aux gouvernements de droite et à Jacques Chirac, aux Pays-Bas, la crainte de
perdre son identité, voire la xénophobie -. Tout cela est vrai, mais l’essentiel est
ailleurs. La cause profonde de ces refus réitérés réside à mes yeux dans le fossé qui ne cesse de
se creuser entre les institutions européennes ou les gouvernants qui les incarnent, d’une
part, et, de l’autre, les citoyens européens, qui se sentent incompris, voire, à tort,
méprisés dans leur volonté comme dans leurs craintes.
Si l’on veut que nos concitoyens européens, et en premier lieu nos concitoyens
français, retrouvent confiance en eux-mêmes comme dans les institutions européennes, il faut que
l’Europe apparaisse avant tout comme animée de la capacité et de la volonté de protéger les
valeurs qui nous sont communes de liberté, de diversité, de solidarité et de respect de
l’autre qui fondent pour nous l’Europe et qui s’incarnent en elle aux yeux du
monde, et non que nos institutions et leurs dirigeants donnent le sentiment de les menacer.
L’Europe ne doit pas être, ne peut pas être une Europe des marchandises, du commerce,
des affaires et de l’argent. Elle doit pleinement redevenir une Europe des valeurs et des
hommes. Non pas simplement une alliance animée de volonté de puissance, mais un projet radicalement
nouveau, où, en fait, tout est à inventer, car ce qui est au cœur du projet européen n’a
rien à voir avec un empire, ni un simple système de défense fondé sur le développement de la
puissance sous toutes ses formes. L’Europe, si on va à l’essentiel, c’est un
projet radicalement nouveau qui n’a jusqu’ici encore jamais été tenté nulle part au
monde ni à aucune époque de l’histoire, même si l’on y a parfois, ici ou là, beaucoup
rêvé : il s’agit de créer concrètement non pas une puissance de guerre et une simple
accumulation de richesse, mais un espace de paix, de prospérité et de bonheur pour tous dans le
respect de chacun.
C’est une certitude et une évidence : dès que nos institutions et ceux qui leur
prêtent leur voix, auront su incarner ces aspirations essentielles et ces valeurs fondamentales, la
très grande majorité de nos concitoyens européens saura retrouver confiance en soi comme dans une
Europe qui pourra être certaine de ses valeurs, de sa solidité, de sa force comme de sa légitimité
pleinement démocratique.
Evidemment, le plus tôt sera le mieux !"
Les derniers commentaires ... Tous les commentaires
Référendum en irlande
Posté par : cathy69 | 6 août 2008 21:58Moi je tiens à signaler cet article que j'ai trouvé sur internet : " Le 13 février 2008, au Parlement européen, le député européen Francis Wurtz et dautres députés européens de la Gauche Unitaire Européenne déposent un amendement. Cet amendement demande que le Parlement européen «sengage à respecter le résultat du référendum irlandais » sur le traité de Lisbonne le 12 juin. Le 21 février 2008, les députés européens votent pour adopter ou rejeter cet amendement. Hors il a été rejeté... " Je voudrais donc qu'on respecte le choix du peuple irlandais si c'est vraiment vrai ce qu'on dit.
Constitution, encore et toujours
Posté par : JeanBrochier | 26 juillet 2008 10:48Non à un machin incontrôlable et incontrôlé, rouleau coompresseur des identités nationales ou régionales, c'est entendu. L'Europe est plus que l'union de ses marchands, je vous l'accorde. L'Europe est une civilisation qui promeut des valeurs humanistes ...entre deux crises historiques nationalistes, fascistes ou communistes, et dont l'âme survit grâce aux défenseurs de ses valeurs sacrées face au grand inquisiteur multicolore. Oh que oui monsieur Karadzic. Ne commettons néanmoins pas l'erreur de croire que l'affirmation de ces valeurs suffira à réunir tout le monde derrière notre belle banière étoilée. La définition même de ces valeurs risquerait de nous entraîner déjà dans des rixes métaphysiques sanglantes et interminables. Ce dont il s'agit aussi et surtout, c'est d'une réponse simple et bigrement nécessaire à une question institutionnelle qui reste malheuresement entière: quel équilibre entre une Union certes utile mais parfois envahissante et la défense des identités? Quelle légitimité, quel contrôle et quelle responsabilité démocratiques? La réponse est noyée dans les textes présentés aux suffrages, mais tellement emberlificotée qu'elle n'a pu être considérée. Il conviendrait d'extraire de ces textes leur substantifique moelle institutionnelle et de le faire faire par un corps ayant un mandat démocratique pour cela. Une constitution en peu de mots, essentiellement définie par trois principes (attribution, subsidiarité, proportionnalité art 1.11 de feue la Constitution) et une devise à méditer (lUnion dans la Diversité). On peut effectivement faire plus court que 483 pages (feue la Constitution). Et si le le parti démocrate européen proposait un tel texte? Ne rien réinventer, qu'extraire de la Constitution et regarder à quoi cela ressemble. A mon avis cela devrait coller et rassurer nos amis Irlandais, intéresser la Gaule et reconcilier les Pays-Bas. Le parti démocrate européen pourrait alors aller chercher 1 million de signatures partout dans l'Union pour le soumettre à un réferendum européen? Voilà qui pourrait mettre un peu de piment au joli mois de mai 2009... Amitiés démocrates.
La rage
Posté par : euro | 24 juillet 2008 16:30Européen dans l'ame, j'ai la rage. Le TCE, puis le Traité de Lisbonne, contiennent bon nombre de dispositions qui sont en net progrès par rapport au très mauvais Traité de Nice. On est en train de prendre des années et des années de retard, alors que le train du monde passe et nous dépasse. En plus, on est en train de laisser s'installer, au moins dans les tetes, une "coupure entre les élites et les peuples" qui ne peut conduire qu'au populisme de chaque peuple. Funeste perspective ! Par quelle aberration Giscard-Amato et le groupe constituant, qui avaient beaucoup et bien travaillé, ont-ils pu ainsi saboter leur propre travail en aboutissant à un texte interminable, illisible, et dont l'équilibre était, au moins en apparence, bouleversé par l'intégration des longues "annexes" sur la libre circulation des biens etc ? Comment Sarkozy a-t-il pu vendre sous le nom de Traité simplifié un texte encore plus indigeste ? Au fond, pour le texte court; lisible et percutant que nous devrions présenter, il n'y a pas beaucoup à chercher. Il faut reprendre les dispositions positives du texte de 2005 (y compris la liberté de circulation !) et résumer cela en deux-trois pages. Et l'appeler, par exemple lors des élections européennes, "Proposition de texte VRAIMENT simplifié". Disant cela, je ne veux pas dire qu'il ne faille pas tenter des avancées dans des directions nouvelles, par exemple dans les domaines social, militaire; énergétique. Mais là-dessus, il n'y a pas a priori d'accord entre les divers pays. Cessons de rever a une France qui imposerait "son Europe" à l'Europe. Cela pourrait donc faire l'objet d'une "contribution annexe pour des avancées ultérieures". Il me semble en tout cas qu'une telle réécriture nous fournirait une base de débat interne plus solide, moins passionnelle que nos échanges d'aujourd'hui. Il ne serait pas mauvais, non plus, de faire le tour des propositions européennes faites par nos équipes candidates aux élections municipales, dans les grandes villes et parfois dans de plus petites. Approcher l'Europe par les villes peut etre une excellente démarche.
Le "machin"
Posté par : jifanes | 21 juillet 2008 21:46L'Europe s'est, au fil des années et des traités, écartée de l'idée qui l'a fait naître. Au début, il s'agissait de favoriser les échanges commerciaux pour permettre des rapprochement entre les peuples. Et donc éviter les guerres, car on préfère avoir un client en vie... qu'un client mort. Le commerce était le moyen. Mais il est, depuis, devenu le but. Les peuples ont été relégués à -au mieux- un rôle secondaire. Les habitants de l'ensemble économique UE ont perdu leur place centrale dans ce vaste mécano politique, culturel et économique pour n'être plus que des agents économiques, mis en concurrence les uns contre les autres mais devant être de plus en plus solidaires d'une idée qui les a oubliés. Ils sont devenus tellement insignifiants qu'on a pondu une constitution sur le modèle de l'Encyclopédie où il faut rebondir de paragraphe en paragraphe pour en comprendre le sens caché et vénéneux. Le peuple français qui a disposé du texte intégral ne s'y est pas trompé, même si, dans les lycées par exemple, on distribuait généreusement les versions tronquées du traité constitutionnel. Les Irlandais ne sont pas fous : ils ont rejeté un texte qui priverait à long terme les citoyens du pouvoir d'influencer l'évolution de l'Europe. Les Irlandais sont sages : ils ont rejeté un texte qui réduit chaque citoyen européen à un agent économique (ayant toutefois le droit de voter "oui") mais ils n'ont pas rejeté l'Europe. Nathalie Griesbeck a raison de souligner que c'est lorsque l'Europe sera pleinement redevenue celle des valeurs et des hommes que la très grande majorité de nos concitoyens européens retrouvera la confiance dans une Europe puisant sa force et de sa solidité dans ses valeurs et dans sa légitimité pleinement démocratique. Il faut le dire, l'Europe de Sarkozy et de ses compères n'est qu'un "machin" pour les Irlandais, qui ont pu le dire et c'est certainement aussi un "machin" pour la majorité des autres Européens, à qui on n'a pas demandé leur avis.
C'est toujours la même sortie de crise!
Posté par : stefanovar | 19 juillet 2008 12:09Pourquoi s'échiner à faire revoter les irlandais sous couvert que c'est un petit pays et qu'il faut à tout pris faire entendre raison à un peuple qui a le plus bénéficié de l'europe économique!C'est l'occasion pour les dirigeants européens de repenser la consistance du projet européen en conciliant l'Europe des "marchands" qu'a impulsé le traité de Rome et celle des valeurs, et donc du mieux vivre. Pourquoi ne pas faire avancer l'Europe institutionnelle par les voies classiques (conseil européen et parlement européen) plutôt que de braquer les peuples avec des traités illisibles et partant, source de confusion qui donne prise à bien des peurs et des phantasmes, terreau de tous les nationalismes.Revenir à la méthode des pères de l'Europe, à savoir avancer pas à pas au risque de s'embourber pour de longues années dans une paralysie complète, plutôt que de faire passer en force un traité...à moins qu'un texte constitutionnel simple clair et d'une trentaine d'articles puisse émerger, lequel pourrait être soumis à l'ensemble des peuples le jour des élections européennes mais j'en doute fort comme si les dirigeants européens avaient peur du peuple!Il y a un tel déficit démocratique de l'Europe que ce serait l'occasion rêver de porter cette citoyenneté européenne lors des futures élections du Parlement. Je pense que le Modem, héritier de l'UDF avec une base plus jeune et plus urbaine dans son électorat, se doit d'être le héraut d'un projet européen novateur qui réponde aux craintes des européens sans renier son ancrage européen mais en le faisant évoluer au regard du bouleversement qu'a connu l'Europe avec son élargissement et donc de ses nouveaux défis. merci à Nathalise Griesbeck pour cette réflexion que je partage pleinement.