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13 novembre 2007
Sandro Gozzi : "L'Europe à densité variable"Sandro Gozzi, actuel conseiller aux Affaires européennes du Premier ministre italien et député de Vénétie (Partito Democratico) livre son sentiment sur le traité de Lisbonne, remarquant en particulier l'absence "d'esprit communautaire". Le député de Vénétie souligne également les perspectives du processus d'intégration et sa confiance dans l'avancement différencié de l'Union Européenne.
Ce qui a manqué à l’occasion du sommet européen en juin c’est l’esprit communautaire ! Oui, c’est vrai, les 21 et 22 juin nous avons trouvé un compromis minimum, on a sauvé les meubles, mais la maison commune est désormais fort différente. Et il semble que la Grande Bretagne, tout juste sortie du blairisme, l’a bien compris : après avoir tout fait pour diluer et affaiblir l’Europe, elle s’est vue réduit à devoir demander des clauses d’« opting out » dans de nouveaux secteurs, tels que la police et la justice, préfigurant ainsi la généralisation de cette méthode au sein de l’Union.Il faut donc prendre en compte cette nouvelle manière de s’intégrer et construire une Europe plus politique, à densité différenciée et avec des frontières mobiles. C’est seulement de cette manière que nous pourrons construire une Europe dotée d’une projection extérieure forte. Il s’agit donc, d’un côté, de renforcer la politique extérieure, et de l’autre, de rendre possible l’avancement de l’intégration à différents niveaux. Pourquoi doit-on avancer ensemble dans le domaine de la politique extérieure ? Les balbutiements de la politique extérieure se font déjà entendre depuis quelques années. Celle-ci se forme et grandit, mais, comme chacun le sait, elle est loin d’être complète et épanouie. Or il faut commencer par elle et la fortifier, afin de reconstruire l’ordre mondial, et d’éviter en même temps le choc des politiques de puissance. Afin d’atteindre une réelle reconnaissance internationale, nous devons commencer par acquérir une reconnaissance interne. Combien, parmi les citoyens de l’Europe, connaissent des noms tels que ceux de Javier Solana ou de Benita Ferrero-Waldner ? Trop peu. Si les citoyens européens ne sentent pas qu’il existe un accord commun sur le monde au sein de l’UE, alors il n’y a aucune chance pour que, à l’étranger, quelqu’un songe à une quelconque « politique extérieure de l’UE ». Il est certain que la politique internationale continue à se jouer aujourd’hui, d’une certaine façon, entre blocs. L’Europe ne peut rater le coche et devenir un bloc marginalisé. Sa force commerciale tout comme son histoire ne peuvent permettre que cela arrive. Il faut donc que soit engagée une véritable campagne afin d’unir non seulement les gouvernements nationaux mais également les citoyens européens derrière une politique extérieure. Parfois cela serait même plus simple, à travers un seul mot : Irak ! Il s’agit d’une politique extérieure qui pourrait progresser dans plusieurs domaines grâce aux propositions du Traité réformé dont la tâche ne sera pas simplement de la faire survivre, mais de la renforcer. C’est dans cette direction que se pose la question du regroupement au sein du nouveau Traité de tous les articles de l’action extérieure de l’Union avec ceux de la PESC. L’avancement différencié : une méthode déjà ancienne Il nous faut profiter de cette nouvelle vague des « opting in, opting out » pour renforcer le processus d’intégration. Si on pense à l’Europe comme à une famille, alors ses enfants sont tous d’âges différents, et ne peuvent évoluer au même rythme. Encore aujourd’hui, à l’intérieur de l’Europe, nous ne sommes pas tous encore prêts à faire de nouveaux pas en avant. Loin d’être un drame, ce schéma de l’Europe à densité variable a parsemé le passé européen d’exemples réussis. Chacune des grandes avancées s’est tout d’abord forgée à travers un petit groupe de pays forts et volontaires. Une fois l’avancée réalisée, elle est prête à accueillir les nouveaux venus. L’Europe a commencée à six, Schengen reste un groupe mixte, l’Eurozone continue son absorption progressive de nouveaux membres.Faisons ce pas en avant et créons, ceux d’entre nous qui le voulons et le pouvons, une véritable union politique où la force de l’Union pourra enfin pleinement se déployer et s’épanouir. Il faudra, tout d’abord, convaincre les citoyens en leur expliquant que ce nouveau schéma est une opportunité. Les Européens d’aujourd’hui sont divisés autour de deux tendances : l’une, critique, prend le parti de l’insatisfaction et reproche au compromis sorti du sommet de juin de ne pas donner à l’Europe ce dont elle a besoin. L’autre, au contraire, tout en reconnaissant les insuffisances dont souffre l’Europe, veut faire remarquer que le Traité n’est pas une finalité en soi, mais le premier pas en avant pour sortir de la crise, et un pas important à accomplir avant de pouvoir faire les autres.
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