22 juillet 2011
Sylvie Goulard, députée européenne du Mouvement Démocrate et responsable de l'Europe au sein du Shadow cabinet, a publié une tribune dans Les Echos en collaboration avec Mario Monti, ancien commissaire européen, et traduite et publiée dans trois autres pays (Allemagne, Italie, Grande-Bretagne). Ils ont notamment appelé à avoir "recours aux euro-obligations" pour "accroître la discipline budgétaire et la stabilité de l'euro.
"Un consensus émerge peu à peu sur le fait qu’il serait difficile de concevoir une solution
durable à la crise sans avoir recours aux euro-obligations. Le sommet de la zone euro pourrait au
moins donner le signal politique clair que cette proposition doit etre considérée instamment.
Les chefs d’Etat et de gouvernement de la zone euro qui se sont réunis jeudi 21 juillet
à Bruxelles se sont placés devant un choix fondamental. Ou bien, une fois de plus, ils font des
grandes déclarations assurant qu’ils feront "tout ce qui est nécessaire" pour surmonter la
crise de la zone euro. Ou bien ils se décident vraiment à agir. Dans le premier cas, les marchés
continueront à faire monter les enchères et à mettre les autorités publiques en difficulté. Ils
s’attaqueront à des pays plus grands, tels que l’Italie ou l’Espagne, rendant le
"tout ce qui est nécessaire" de plus en plus coûteux et de moins en moins crédible.
La seconde branche de l’alternative consiste à agir en hommes d’Etat.
Jusqu’à présent, les marchés ont gagné en jouant sur les divisions de pays qui ont préféré
agir séparément, ce qui n’était pas à la hauteur de l’intégration monétaire. Les
gouvernements ont cherché à assurer la "stabilité financière" en engageant l’argent des
contribuables pour des montants astronomiques. Ces sommes peuvent aussi être vues comme le coût
ultime que les gouvernants seraient prêts à imputer aux citoyens pour continuer à se comporter
comme si les souverainetés nationales existaient encore.
Une stratégie plus efficace consisterait à surprendre les marchés en optant pour une
politique résolument commune au lieu de masquer les divisions à coup d’argent public. Ceci
suppose que le gouvernement du pays le plus important d’Europe, l’Allemagne, agisse
avec hauteur de vues, à la fois vis-à-vis des autres Etats membres et de sa propre opinion
publique. Il appartient au gouvernement fédéral d’expliquer aux Allemands qu’ils tirent
un bénéfice considérable de l’Europe, de son marché intérieur et de l’euro ; que, grâce
à ces réalisations, la culture de stabilité germanique s’est répandue dans toute
l’Europe et que l’Allemagne serait le grand perdant d’une implosion de la zone
euro, en raison de l’instabilité qui en découlerait, particulièrement nocive vue sa position
concurrentielle, sans compter les coûts sonnants et trébuchants que cela impliquerait.
Le gouvernement allemand éviterait plus sûrement le gaspillage d’argent public en
s’engageant à promouvoir des politiques de long terme qu’en cherchant à protéger les
contribuables par des mesures de court terme qui ne rassurent ni les marchés ni les citoyens.
C’est le manque de crédibilité des solutions actuelles qui pourrait, au bout du compte,
générer des transferts financiers désordonnés ("Transferunion"), créant ainsi du ressentiment à
l’intérieur de l’Allemagne et entre partenaires européens.
Heureusement pour la Chancelière Merkel et pour l’Europe, les deux principaux partis
d’opposition en Allemagne, les sociaux-démocrates (SPD) et les Verts, sont sur des lignes
pro-européennes. Bien que le SPD ait à l’origine été hostile à l’introduction de
l’euro et qu’en 2003, le gouvernement SPD-Verts conduit par Gehrard Schröder ait joint
ses forces à celles de la France pour s’exonérer du respect du pacte de stabilité et de
croissance, nuisant par là même à sa crédibilité, les dirigeants du SPD ont soutenu cette semaine
le principe de mesures a priori impopulaires pour apporter une solution à la crise de la zone euro.
Cette situation offre à Angela Merkel et au ministre des finances Wolfgang Schäuble
l’opportunité de soutenir une initiative qui marquerait... nos obligations envers
l’euro : l’émission d’euro-obligations. Nous faisons ici allusion à
l’émission en commun de titres en euro comme instruments de gestion de la dette et non pour
le financement de nouvelles dépenses.
La proposition, conçue notamment par les économistes Jacques Delpla et Jakob von Weiszäcker
du think tank Bruegel en mai 2010, a été déjà faite au Président de la Commission par l’un
des auteurs de cet article (Une nouvelle stratégie pour le marché unique, Mario Monti, mai 2010) et
a été introduite, par l’autre auteur, dans les négociations sur le paquet gouvernance
économique du Parlement européen, via son rapport sur le renforcement de la surveillance budgétaire
effective dans la zone euro en décembre 2010.
Le 22 juin, le commissaire Olli Rehn a déclaré au Parlement européen que, dans le cadre
d’un accord sur la gouvernance économique et avant la fin de l’année 2011, la
Commission produira un rapport sur la mise en place d’un système d’émission
d’euro-obligations assorties d’une garantie conjointe et solidaire (joint and several)
visant à accroître la discipline budgétaire et la stabilité de l’euro à travers le jeu du
marché, en assurant que les Etats membres dotés des meilleures notations ne souffriraient pas de
taux plus élevés. Si nécessaire, le rapport sera accompagné de propositions législatives.
De nombreuses options sont possibles, y compris celle de conférer de nouveaux pouvoirs au
fonds européen de stabilisation financière EFSF. Nous ne pouvons pas entrer dans les détails ici
mais ces obligations donneraient à l’euro une assise globale et renforceraient la discipline
en fournissant – enfin ! – une pression des marchés pour mieux respecter la discipline
prévue par les traités. Il n’est pas évident que le coût de financement des Etats AAA serait
accru, que ce soit en termes absolus ou relatifs, vu la liquidité qu’offrirait ce grand
marché des euro-obligations et les turbulences qui existent actuellement sur le marché de la dette
souveraine. Enfin, en libérant la BCE du rôle qu’elle a été forcée de jouer, les
euro-obligations serviraient l’intérêt général, tout en confortant la banque centrale dans la
meilleure tradition allemande. Un consensus émerge peu à peu sur le fait qu’il serait
difficile de concevoir une solution durable à la crise sans avoir recours aux euro-obligations. Le
sommet de la zone euro pourrait au moins donner le signal politique clair que cette proposition
doit être considérée instamment, notamment dans ses aspects techniques et juridiques. Une vision
européenne fondée sur la création d’un instrument européen, adossée à un calendrier précis,
pourrait offrir le moyen de restaurer la confiance et la stabilité."
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Les obligations euros
Posté par : guigou | 14 août 2011 19:48Je pense que c'est une solution du style emprunt russe ou eurotunnel, une sorte d'arnaque organisée par les gouvernements ; cela me déçoit de la part du MoDem. Je pense qu'il faut plutot renationaliser les entreprises qui appartiennent au peuple, qui peuvent rapporter de l'argent, et que celui-ci reprenne vraiment le pouvoir pour mettre fin aux interets des lobbies et des politiques verreux.
C'est bien, mais quid de la croissance?
Posté par : marcob | 13 août 2011 14:15Indépendamment de toutes ces propositions, il faut, c'est indispensable, stimuler intelligemment, durablement et d'une manière transparente la croissance. Sans porter préjudice à la maitrise des déficits. Vous Mme Goulard qui avez le plus les pieds sur terre de nos députés Modem, avant que d'autres formations politiques reprennent cette idée à leur compte inspirez vous et défendez le dispositif pages 4 à 6 de ce document (qui date de 2009) :
http://www.mouvementdemocrate.fr/evenements/congres-arras-2009-contributions/telechargement/2-Marc-Bicharax92x-081109.pdf
Des euro-obligations, et l'obligation de bonne gestion des Etats européens !
Posté par : citizenet | 25 juillet 2011 20:04Progressivement l'Europe économique s'affirme à petits pas, alors que les principaux Etats de la zone euro perdent parallèlement de leurs prérogatives, que nos dirigeants "nationalistes" le veuillent ou non, comprenant un peu tard que dans tous les cas, ce sera la carotte ou le bâton pour défendre leurs intérêts communs.Ainsi l'Allemagne, le vrai moteur de la zone avec la France, continuera à participer largement au rétablissement de pays en voie de faillite, car in fine ses dirigeants admettent en rechignant déjà un peu moins qu'il y a un an, que sortir de ce système monétaire serait comme une locomotive qui abandonnerait, avec sa raison d'être, ses wagons en rase campagne. Des wagons dont l'entretien leur coûte très cher, mais qui en somme, à l'instar du marché européen, leur rapportent encore bien davantage de bénéfices.
Tout le monde devient donc, avec un temps qui nous parait anachronique par rapport à la marche endiablée des marchés, plus ou moins d'accord pour ne pas scier la seule branche de salut sur laquelle nous sommes tous assis.L'avènement d'un véritable ministre des finances d'Europe n'est peut-être pas si éloigné, après tant de tergiversations, qui aura le pouvoir de créer et de négocier ces fameuses euro-obligations y compris sur le marché secondaire, au moins 2000 milliards d'euros d'après les experts, pour faire bonne mesure et couper court à toute spéculation.
Mais sa mission sera surtout d'assainir, de réguler de façon coercitive les transactions ainsi que la fiscalité des Etats et de toutes les institutions financières qui pour l'instant "vivent sur la bête", notamment les paradis fiscaux.Pour que ces euro-bonds ne deviennent pas à leur tour des junk-bonds, et que ces obligations servent d'abord à investir dans de grands projets européens, plutôt que continuer comme aujourd'hui à remplir le tonneau des danaïdes...
europe
Posté par : catlai | 24 juillet 2011 19:05il n'y aura jamais d'europe sans véritable fédéralisme.
Excellent
Posté par : Andalousie | 23 juillet 2011 18:58Merci à Sylvie Goulard qui démontre qu'il est possible d'avoir une politique financière européenne forte au lieu de ce que nous avons vécu ces derniers temps.