21 avril 2011
Benjamin du Conseil général de Haute-Savoie, Antoine Vielliard a été élu en mars dernier dans son canton d'origine de Saint-Julien-en-Genevois. Face à six autres candidats, dont ceux du PS et de l'UMP, il a su démontrer aux habitants que l'action locale dépassait de loin les étiquettes partisanes.
Engagé en politique à 19 ans, d'abord au Centre des démocrates sociaux (CDS), puis à l'UDF et
enfin au Mouvement Démocrate, Antoine Vielliard n'imaginait pas se présenter un jour au suffrage
des électeurs. "Pendant longtemps, je n'ai fait que payer ma cotisation, je refusais de distribuer
des tracts car j'avais l'impression que cela revenait à donner aux gens de la pensée prête à
consommer", se souvient-il en souriant.
"Ma priorité était d'avoir un métier. Mes discussions avec des élus locaux m'avaient
convaincu que lorsque l’on coure après un mandat dès la sortie de l'école, on a que ça, on ne
peut plus dire non. Notre seule liberté est alors de nous taire", poursuit-il.
"NOS VALEURS SONT SUFFISAMMENT IMPORTANTES POUR NE PAS CÉDER"
De fil en aiguille, il se retrouve toutefois directeur de campagne d'un candidat UDF, aux
législatives de 2002. "C'était au moment de la création de l'UMP. Nous avions choisi
l'indépendance. La campagne fut courte et particulièrement dure", se remémore-t-il. "Nous aurions
dû démarrer beaucoup plus tôt, aller davantage à la rencontre des gens. Je me suis rendu compte que
distribuer un tract donnait en fait une opportunité de dialogue. Un dialogue essentiel, car les
partis crèvent d'être trop repliés sur eux-mêmes".
Paradoxalement, c'est cette frustration qui le persuade de devenir lui-même candidat. En
2004, il décide de se présenter aux cantonales, "une élection décisive pour un travail
d'implantation sur un territoire", dans son pays d'enfance, à Saint-Julien-en-Genevois. Après
plusieurs mois d'actions de terrain, il décroche 18,5 pour cent des voix. "Les valeurs du Centre
sont-elles suffisamment importantes pour perdre sans céder sur les valeurs ? J'en suis convaincu.
Je pense qu'il faut avoir la persévérance de perdre pour à l'arrivée gagner une élection".
"J'AI PERDU CINQ ÉLECTIONS MAIS J'AI GAGNÉ CINQ CAMPAGNES"
Antoine Vielliard poursuit sur sa lancée aux législatives puis aux municipales. "Mon objectif
était de faire entendre une voix différente, grâce à une liste de rassemblement qui comportait des
gens de droite comme de gauche, ainsi qu'une grande part de « sans étiquette". "J'étais de toutes
les manifestations, à la rencontre de chaque association. J'ai organisé des réunions thématiques où
chaque riverain a pu s'exprimer". Il arrive second, avec 32 pour cent des voix, juste derrière le
maire sortant soutenu par le Parti socialiste (39 pour cent). En troisième place, l'UMP se retire
de la course... mais appelle à voter PS. Au soir du second tour, il lui manque 84 voix sur 4 000
pour remporter la mairie.
"Je crois que cette élection a été un déclencheur pour la population. Le PS et l’UMP
jouaient la confrontation. A l'arrivée, ils se sont soutenus l'un l'autre pour conserver leurs
sièges. Leur discours de clivage n'était plus ni crédible ni légitime", analyse-t-il. Sa volonté et
son investissement s'en trouvent décuplés. "J'ai perdu cinq élections mais j'ai gagné cinq
campagnes, car chaque fois j'ai vu mon score progresser, j'ai acquis de l'expérience et je me suis
fait connaître auprès de plus de gens sans me faire d'ennemi", constate-t-il.
Depuis la présidentielle, Antoine Vielliard relaie ses propos sur un blog personnel, au
rythme d'un billet tous les deux jours. "J’ai commencé avec une cinquantaine de visites par
jour, j’en suis maintenant à près de sept cents. Grâce à cet outil, je ne suis plus dépendant
des médias pour fédérer les gens, les médias en viennent même à commenter mes articles", se
réjouit-il. "A six mois des cantonales de 2011, j’ai également invité trois mille habitants
sur ma page Facebook. Six cents ont accepté, à qui j’ai adressé ensuite une proposition
concrète par jour", poursuit Antoine Vielliard.
"LORSQU'ON FRAPPE CHEZ QUELQU'UN, LA PERSONNE S'EN SOUVIENT DES ANNÉES APRÈS"
Pendant ces cantonales, il n’oublie bien sûr pas ce terrain qui lui est cher. "J'ai
toujours eu plaisir à aller au contact des gens. J’ai sonné à plus de mille portes. Quand on
frappe chez quelqu’un, la personne s’en souvient encore des années après",
commente-t-il. Ce dialogue permanent, au plus près de la population, lui a permis "de voir des
choses dont les élus, accaparés par leur mairie, n’ont pas toujours conscience". Il
synthétise cette perception des habitants, l’enrichit de chiffres en approfondissant chaque
dossier et prospecte à la recherche d’idées nouvelles.
Problèmes frontaliers, amélioration de la circulation, préservation des espaces verts et
agricoles "qu’on mange bien trop vite" : tous les sujets y passent. "Le logement est au
cœur des inquiétudes. De nombreux habitants de Genève s'éloignent de l'agglomération pour
trouver des loyers moins élevés et une meilleure qualité de vie. L'attractivité soudaine du milieu
rural a fait exploser le prix du mètre carré à Saint-Julien". Antoine Vielliard est
particulièrement sensible à ce sujet: "les agriculteurs, enseignants, infirmières, pompiers,
gendarmes se voient forcés de quitter notre canton. Il faut une politique volontariste en la
matière".
"JE SUIS BENJAMIN DU CONSEIL GÉNÉRAL... À 39 ANS !"
Un travail qui a finalement porté ses fruits. Le 20 mars, au soir du premier tour, il arrive
deuxième sur sept candidats. Le PS et l'UMP obtiennent quant à eux 10,5 et 12,2 pour cent des voix.
Il en est convaincu : "Quand on fait émerger un centre indépendant, tôt ou tard, on amène la Droite
et la Gauche à faire tomber leurs masques". Une semaine plus tard, il rassemble plus de 53 pour
cent des électeurs et remporte le second tour. "A force de gagner des campagnes, j'ai fini par
gagner une élection", sourit-il avec philosophie.
A 39 ans, Antoine Vielliard est désormais le benjamin du Conseil général de Haute-Savoie.
"Une aberration quand on sait que plus de la moitié des électeurs du département sont plus jeunes
que moi", souligne-t-il. Cohérent avec sa démarche, il a œuvré dès les premières semaines pour
se distinguer de la majorité de droite comme de l'opposition de gauche. Avec cinq autres élus, il
vient de co-fonder le "groupe d'union des centristes et des indépendants".
Les derniers commentaires ... Tous les commentaires
Compliments !
Posté par : Canard_Orange | 21 avril 2011 20:29Rien à dire de plus.L'AOC de notre positionnement de centre indépendant n'est pas négociable.Chapeau à 39 ans ! Continuez ainsi !Mais ne vous étonnez pas de la désinvolture des jeunes envers la politique car le président sortant y a bien contribué par sa politique d'anesthésie généralisée.Les jeunes préfèrent choisir leur anesthésiant.