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3 novembre 2011

"On est en train de radicaliser les opinions publiques les unes contre les autres"

Sylvie Goulard

Interviewée par le journal La Croix, Sylvie Goulard, députée européenne de la circonscription Ouest, a estimé que "l'annonce du référendum grec était l'illustration de la dérive des institutions européennes", mercredi 2 novembre.

La Croix : Peut-on comparer le futur référendum grec à d’autres consultations nationales sur l’Europe qui ont eu lieu par le passé ?

Sylvie Goulard : Non, car rien n’est comparable à la violence de la crise qui secoue la Grèce. C’est une situation totalement inédite avec un pays qui, contrairement à d’autres États aidés, comme l’Irlande ou le Portugal, n’a pas vu l’opposition jouer l’union nationale. Ces partis appartiennent pourtant au Parti populaire européen (PPE), tout comme ceux de Nicolas Sarkozy ou d’Angela Merkel. Surtout, la décision du premier ministre Georges Papandréou est en quelque sorte le point culminant d’un désastre annoncé. C’est l’illustration du manque de démocratie d’une Europe qui privilégie aujourd’hui la juxtaposition de politiques nationales et la coopération intergouvernementale mais qui ne se fonde pas sur des institutions supranationales.

Le Conseil européen n’est-il pas une institution supranationale ?

S. G. : On ne peut pas prendre des décisions essentielles pour l’économie des pays du sud de l’Europe, on ne peut résoudre la question des rapports entre les États du nord et du sud de l’Europe sans trouver un chemin commun qui reçoive l’aval des députés du Parlement européen. Ces derniers sont les seuls représentants des 27 qui soient légitimement élus, majorité comme opposition, par les peuples de leurs États respectifs. Ils auraient pu ainsi jouer le rôle d’ambassadeur dans leurs pays, expliquer les règles du jeu... Or, à aucun moment depuis le début de la crise grecque, nous n’avons pu assister à un véritable débat au- delà des frontières sur ce qui est bon pour l’Union européenne. Le Parlement a été mis à l’écart de décisions pourtant décisives et le Conseil européen a pris ses dispositions à huis clos, sans expliquer par exemple pourquoi, du jour au lendemain, la Grèce n’a plus été considérée comme pouvant rembourser sa dette.

Vous estimez que cela est de nature à radicaliser les opinions publiques ?

S. G. : Bien sûr. Même si ses gouvernements ont commis de graves erreurs, la société grecque est redoutablement frappée par les conséquences. Il n’est pas étonnant de voir son hostilité envers les représentants de Bruxelles dont les décisions sont prises comme des diktats puisqu’il n’y a pas de transparence sur les règles du jeu européen. De même, l’ironie de Nicolas Sarkozy et d’Angela Merkel sur l’économie italienne lors d’une récente conférence de presse a provoqué une grande colère chez nos voisins transalpins. On est en train de radicaliser les opinions publiques les unes contre les autres, d’autant qu’au sein du Conseil européen, les pays les plus riches semblent mener le jeu. Il faut créer d’urgence les outils de demain sous peine d’être débordés par la montée des antagonismes nationaux.

Quels outils par exemple ?

S. G. : Regardez ce qui s’est passé depuis juillet quand pour la première fois on a admis l’idée d’une décote de la dette grecque. On a laissé les Parlements nationaux prendre leur temps pour trancher la question alors que tous auraient pu être consultés à la même date et en même temps que le Parlement européen. Cela aurait facilité une conscience commune des problèmes. La prétention du Conseil européen à gérer seul la crise, dans l’opacité, en favorisant le cloisonnement des nations au détriment de l’intérêt supérieur, commun, est en train de « plomber » l’euro et l’Europe. Il faut changer d’urgence les méthodes de gouvernance de la crise ; c’est possible dans le cadre des traités existants.

RECUEILLI PAR M. W.


Les derniers commentaires ... Tous les commentaires

Europe

Posté par : tri88 | 27 novembre 2011 11:47

Bonjour, l'Europe me parait être très libérale et pas en phase avec les citoyens. Le fonctionnement de l'Europe est complexe, difficilement compréhensible pour le français moyen. L'Europe s'est développée trop vite. Concernant la dette, étant donné qu'il y a eu spéculation, ce serait juste de négocier l'annulation d'une partie de la dette, voir annuler la dette pour tous les pays européens. Pourquoi l'Europe ne s'affirme-t-elle pas face aux spéculateurs?


Il faut garder raison !!

Posté par : MANDRIN | 5 novembre 2011 15:56

Il est exact que devant un tel ostracisme l'Europe du Sud (dont nous sommes quelque part...) doit se reprendre pour montrer ses savoirs faire du Portugal au Péloponnèse , nos territoires ne sont pas seulement les zones "farniente" des décideurs aseptisés du Nord mais de réels acteurs et aussi des clients de ces messieurs.... la diète pourrait aussi faire boomerang sur leurs tiroirs caisse. Tout le monde a besoin de chacun , il faut avoir raison gardée !!


Mirabeau!

Posté par : JeanBrochier | 4 novembre 2011 10:54

Bien sûr madame Goulard, vous avez entièrement raison, mais ne vous contentez pas de réagir en pertinente commentatrice, en expert. De la voix, du coffre, de l'audace, exigez ce pouvoir, il s'agit de le conquérir, pas de l'attendre! www.europelibre.typepad.com


Pourquoi cette cacophonie ?

Posté par : gilco2 | 4 novembre 2011 08:34

Tout simplement parce que l’Europe n'existe pas ! Elle n'a aucun pouvoirs, ni devoirs, ni prospectives. Elle n'est pas écoutée ! Elle faut du coup par coup ? Le Parlement est sans pouvoirs ? Ce sont les Chefs d'état qui commandent, certains imposent dans leur intérêt personnel. C'est bien ce que fait Sarkozy ? Oui à la démocratie ! Oui au pouvoir de contrôle du peuple ! J'espère retrouver ces idées dans le programme de notre candidat MoDem ou, je souhaite d'ailleurs que par référendum, les adhérents se prononcent sur le programme ? Notre candidat doit être un candidat au dessus des partis !



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