23 mai 2011
En mars dernier, Jean-Pierre Barnaud remportait avec une large majorité des voix le canton de Chennevières-sur-Marne (94). Le résultat d'un travail de terrain, mené depuis déjà plusieurs années, et d'une campagne consacrée aux sujets locaux qui permit de dépasser le traditionnel clivage gauche-droite.
Comment êtes-vous venu à vous engager en politique ?
Jean-Pierre Barnaud: C’est une longue histoire ! Ma soif d’engagement est
apparue très tôt. J’habitais Poitiers et du haut de mes seize ans je décidais de rejoindre
les jeunes giscardiens. Ce fut un engagement intense… mais bref. A dix-huit ans, je mesurais
que mon esprit était un peu trop indépendant pour s'épanouir au sein d'un parti politique. Je
décidais de m'investir pleinement dans un parcours universitaire qui fut intense et diversifié.
Après avoir été quelques années professeur d’histoire, je devins consultant en management et
en ressources humaines à la Cegos puis délégué général d’un syndicat de producteurs de films
indépendants. Mon intérêt pour le débat politique restait fort et cette nouvelle fonction que
j’ai exercé à trente ans, m’a permis de m’y consacrer d’une façon
différente. A cette période où Pathé et Gaumont effectuaient un rapprochement, je me suis initié au
lobbying tout particulièrement en faveur de l’accès des films aux salles de cinéma et de la
défense de la spécificité culturelle alors menacée par la négociation des accords du Gatt. Je
rencontrais de nombreux parlementaires, dont Jean-Jacques Jégou, alors député du Val-de-Marne, qui
a su me convaincre de renouer avec la dimension « terrain » de l’action politique. Par la
suite, j’ai concilié politique et vie professionnelle en créant une école de cinéma devenu
l’un des principaux centres de formation à la production de films.
C’est à cette époque que vous emménagez dans le Val-de-Marne ?
Jean-Pierre Barnaud: Oui. Je me suis d’abord installé à Champigny-sur-Marne. Candidat
sur une liste commune UDF/RPR aux élections municipales, je me suis rendu compte très vite que le
regard que je portais sur la société était très différent de celui du R.P.R. J’ai créé un
groupe indépendant, bien avant que François Bayrou nous amène à créer le Mouvement Démocrate. En
2001, je me suis présenté aux élections cantonales dans un canton difficile et j’ai obtenu
quarante-six pour cent des voix. En 2002 et en 2007, j’ai affronté l’UMP à
l’occasion des législatives. J’ai ensuite déménagé à Chennevières. Suite à
l’annulation des élections municipales de 2008, j’ai conduit une liste indépendante qui
a obtenu vingt pour cent des suffrages. Elus dans l’opposition, nous avons continué à être
présents sur le terrain et à défendre nos convictions.
Dans quel contexte vous êtes-vous porté candidat aux élections cantonales ?
Jean-Pierre Barnaud: Il me semblait nécessaire de porter à cette occasion un projet
alternatif, sur des sujets locaux qui préoccupaient véritablement les gens. Le premier
d’entre eux est l’éventuelle traversée Chennevières par une route départementale de
vingt-deux mètres de large à laquelle les Canavèrois sont très hostiles. J’ai également
concrétisé ma vision de la démocratie participative : je crois beaucoup en cette dimension tout en
étant lucide, les gens ne se mobilisent pas facilement, c’est un travail de réussir à les
impliquer sur des enjeux locaux, surtout quand soixante pour cent du corps électoral
s’abstient… Face à moi, le maire UMP était occupé à me qualifier de faux-nez de la
gauche, tandis que la gauche m’imaginait faux-nez de la droite… Je suis finalement
arrivé en tête dès le premier tour, avec vingt-six pour cent des suffrages. Au second, j’ai
réuni soixante-sept pour cent des votants.
Quel positionnement adoptez-vous en tant qu’élu au Conseil général ?
Jean-Pierre Barnaud: Je siège dans l’opposition, je vis donc mon mandat comme un
mandat de résistance et de mobilisation de la population. Je sais que les gens attendent beaucoup,
mais je n’ai souvent pour moi que le ministère de la parole. Je compte bien agir avec eux
pour faire entendre la voix de notre territoire dans cette assemblée qui traite de sujets
essentiels. Mes priorités sont simples : être présent au Conseil général, dans une démarche de
critique constructive, moins violente que celle de l’UMP. Je voterai d’abord avec mes
convictions, en étant particulièrement vigilant sur tous les points qui ont marqué ma campagne, tel
le projet routier et les transports en commun. Avec un autre élu centriste, nous essayons de créer
un groupe indépendant. Il nous apparaît souhaitable qu’il y ait dans cette instance une
expression qui dépasse les clivages traditionnels. Si nous n’obtenons pas la modification du
règlement intérieur qui nous permettrait de créer ce groupe, nous resterons non inscrits. En
parallèle, je poursuis mon activité à la tête du Centre de Formation que j’ai créé il ya dix
sept ans. Ce qui me conduit également à être membre du Conseil d’Administration de la
Fédération de la Formation Professionnelle. Je considère qu’il est intéressant de garder un
pied dans la société civile dont je me considère issu et avec laquelle j’aimerai conserver un
lien étroit.
Quel regard portez-vous sur les difficultés que rencontrent aujourd’hui de nombreux
conseils généraux ?
Jean-Pierre Barnaud: C’est vrai qu’ils sont confrontés à des difficultés
majeures. Ils ont des dépenses contraintes et une pression importante en raison des transferts de
compétences. Cela nécessite de travailler sur l’optimisation des dépenses publiques et de ne
surtout pas céder aux sirènes de l’endettement. Les dépenses de fonctionnement doivent être
maîtrisées. C’est sans doute ce qui m’éloigne le plus de la majorité actuelle. Pour
autant, je ne sais pas si l’UMP ferait mieux si elle était à cette place. La question est ô
combien sensible : réduire les dépenses certes, mais lesquelles ? Le département doit conserver
toute sa dimension humaine : le handicap, la petite enfance etc… C’est donc une
démarche complexe qui nécessite plus de réflexion que d’esprit partisan. Et à tout cela
s’ajoutera bientôt le bouleversement de la réforme territoriale…