Depuis plus d'un an, l'inquiétude autour des dettes souveraines des pays de la zone euro n'a eu de cesse de grandir. La crise financière de 2008 a précipité l'Europe dans une situation économique, politique et sociale préoccupante, face à laquelle les dirigeants européens doivent agir de manière concertée.
Suite à l'inefficacité du premier accord de mai 2010 entre l'Union européenne et le FMI, ayant apporté une aide de 110 milliards d'euros à la Grèce, accompagnée d'un plan d'austérité mis en place par le gouvernement grec, un second accord a été trouvé le 21 juillet par les instances européennes. François Bayrou, président du MoDem, fut l’un des rares hommes politiques en France à estimer qu’il ne suffisait pas : “On était dans l'urgence extrême (...), on a pris des décisions dans la douleur qui donnent un répit au gouvernement grec et on l'espère à son peuple.” Selon lui, le plan “souffre de défauts rédhibitoires”, en ce qu'il continue de traiter le problème de façon isolée, en se préoccupant uniquement de la situation grecque plutôt que d'analyser les vrais problèmes de la zone euro dans leur globalité. “Traiter au coup par coup, c'est se condamner à des crises à répétition”, résumait-il sur son compte Twitter le 22 juillet. En effet, à peine deux semaines plus tard, c'est au tour des dettes contractées par l'Espagne et l'Italie de semer la panique sur les marchés financiers. La Banque centrale européenne joue les pompiers en annonçant la mise en place d'un programme de rachat d'obligations pour endiguer la panique sur les places boursières. Toutefois, la France, comme les autres pays de la zone euro, se doit également d'agir. Face à la tiédeur du Président de la République Nicolas Sarkozy et aux déclarations punitives de Christine Lagarde, nouvelle directrice générale du FMI, envers les pays endettés, François Bayrou et le Mouvement Démocrate prennent position pour une politique commune forte, qui comprenne la mutualisation de la dette des États de la zone euro et garantisse durablement la solidité de l'économie européenne. Consultez dans ce dossier nos prises de positions et n'hésitez pas à apporter votre contribution au débat à travers Facebook, Twitter et Google+. Tous dans le même bateau
Selon François Bayrou, pour qui la réduction de la dette était déjà une priorité lors de la présidentielle de 2007, “cette crise était prévisible depuis longtemps, parce que toute une partie de la zone euro – les pays du Sud comme on dit, c’est-à-dire la Grèce, le Portugal, l’Espagne l’Italie, mais aussi l’Irlande ou la France – est en situation de déséquilibre tel qu’elle a accumulé des dettes immenses”. Le leader centriste regrette qu’on ait “raconté depuis le début des histoires aux citoyens, que cela ne touchait que des pays isolés alors que ceci est une situation de risque pour tout le monde, y compris naturellement pour la France”, expliquait-il mi-juillet juillet au micro de RTL.
Pour le Mouvement Démocrate, cette crise doit être l'occasion de montrer au monde entier qu'il existe une possibilité pour les nations européennes d'agir ensemble, de manière solidaire, pour préserver leur avenir économique. “Aider la Grèce, c'est sauver l'Europe”, résumait Marielle de Sarnez, député européenne MoDem. “Il n’y a pas eu de solution qui soit authentiquement européenne et qui conforte les marchés que l’Euro va tenir comme monnaie commune. Il y a des apports d’aides ponctuelles soumis à des vetos nationaux, ce qui n’est pas de nature à rassurer”, ajoutait Sylvie Goulard, eurodéputée démocrate, fin juillet sur Europe 1. Laisser couler les pays européens un à un, ce serait aussi percer le navire français. “Il faut prendre conscience du risque que ces crises font peser sur nous-mêmes”, souligne François Bayrou. “Personne n'a été capable, parmi les dirigeants européens, d'expliquer à nos citoyens qu'organiser la défense et la protection des pays de la zone euro face à leur mise en cause par les marchés, ce n'était pas de l'altruisme, mais le souci de nos propres intérêts”, ajoute-t-il. Si la France tient encore debout aujourd'hui, c'est grâce aux taux d'intérêts très bas dont elle bénéficie ; s'ils venaient à augmenter, la France ne pourrait plus assumer la charge de ses dettes. C'est pourquoi, selon le président du Mouvement Démocrate, “les hésitations de l'Europe sont très inquiétantes. Je crains fort qu'on agisse trop tard, de manière non décisive avec un effet de contagion qui me parait à peu près inévitable”. Les responsabilités sont partagées.
Comme le souligne le député européen Jean-Luc Bennahmias, “les responsables politiques en Grèce et en Europe actuellement aux manettes défendaient avec verve le tableau macro-économique de la Grèce au moment d'entrer dans l'euro. Ceux-là même prônent aujourd'hui sans sourciller d'abandonner les plus fragiles et les classes moyennes grecques à leurs propres sorts. On est donc en face d'une grave crise de légitimité.” “Tout cela est la facture d’une décennie de mauvaise gestion, d’engagement pris par les gouvernements à Bruxelles et qui n’ont pas été respectés dans un certain nombre de pays. Tout le monde s’est considéré comme passager clandestin de l’Euro, on pouvait bénéficier des avantages sans avoir les contraintes”, juge Sylvie Goulard.
De son côté, Robert Rochefort, responsable de l’Économie au sein du Shadow cabinet, pointe du doigt la responsabilité des agences de notation. “C’est devenu désormais une sinistre habitude. Quand les doutes sont là, les agences de notation dégradent les dettes souveraines des États en difficulté, provoquant immédiatement des hausses supplémentaires des taux d’intérêts, qui aggravent leur capacité à se refinancer. Le cercle pervers des prévisions auto-réalisatrices s’enclenche alors pour un tour supplémentaire” analyse-t-il. En France, le gouvernement doit aussi assumer sa part de responsabilité. Les enjeux réels de la crise financière de 2008, cachés aux Français par Nicolas Sarkozy pendant des mois, réapparaissent aujourd'hui au grand jour. L'ancienne ministre des finances du gouvernement, Christine Lagarde, continue d'ailleurs son travail d’accablement des peuples touchés, au sein du Fonds monétaire international. Pour François Bayrou, ses “déclarations punitives à l'égard des pays comme la Grèce sont hors de saison. […] Il est choquant de la voir, à peine arrivée au FMI, affirmer que les efforts grecs ne suffiraient pas”. Nombreux sont les élus du Mouvement Démocrate qui ont critiqué ces attaques des ministres des finances de la zone euro et du FMI, contre les pays endettés. Pour Jean-Luc Bennahmias, en charge des questions de société au sein du Shadow Cabinet, “un traitement basé uniquement sur l'austérité est très loin de se révéler crédible. […] L'Europe est malade. La situation demande un traitement, mais le choc que l'on ne cesse d'administrer depuis des mois n'est pas accepté par les populations et, disons le clairement, à juste titre ! […] Or, l'Union européenne, pas plus que le FMI, ne semblent vouloir faire l'effort de proposer à ses concitoyens de nouvelles pistes de salut. Bridée par les conservateurs de tous bords et les ultra-libéraux, l'UE s'acharne même dans l'autisme. Pas plus demain qu'aujourd'hui, les peuples n'accepteront d'avaler comme unique potion, celle de l'austérité.” “Ce que l'on demande aux pays endettés est très difficile, et surtout difficile socialement, quand on sait que les banques ont été sauvées il y a un an sans qu'elles aient eu à subir des conséquences de même nature”, ajoute Robert Rochefort. “Si l'on avait pu, il y a deux mois, directement faire un plan de soutien communautaire, et pas seulement inter-gouvernemental, les taux d'intérêts auraient probablement été plus bas, et nous aurions gagné ces deux mois d'hésitation”, regrettait-il début août. Deux semaines après le second plan d'aide à la Grèce, décrit par François Bayrou comme “peu rassurant pour l'avenir”, l'évolution de la situation de la zone euro lui donnait tristement raison : les inquiétudes liées aux dettes souveraines s'étendaient à l'Espagne et à l'Italie, obligeant la Banque centrale européenne à parer au plus pressé, en annonçant la mise en place d'un programme de rachat d'obligations pour endiguer la panique sur les places boursières. De l’autre côté de l’Atlantique, les Etats-Unis étaient eux-mêmes touchés, pour la toute première fois de leur histoire, par un abaissement de leur note souveraine. Tout un symbole de la fracture du système.
Des propositions concrètes, pour aller de l'avant !
Selon l'analyse de Robert Rochefort et de l'économiste Stéphane Cossé, “les chefs d’État agissent en pompiers. Ils ont éteint l'incendie grec, avant qu'il ne s'embrase sur toute la zone euro. Il faut s'en féliciter. Mais la zone euro a besoin d'une architecture plus solide, car d'autres étincelles viendront fragiliser l'édifice. Des initiatives simples et structurantes peuvent être mises en œuvre rapidement.”
Le Mouvement Démocrate soutient ainsi un projet économique européen caractérisé par la solidarité, la stabilité et une gouvernance compétente de la zone euro. En mutualisant la dette des pays européens au sein d'une caisse commune pouvant émettre des bons du Trésor, la zone euro pourrait retrouver la stabilité et engager des réformes pour obtenir l'assainissement des pays en déséquilibre financier. Comme l'explique Robert Rochefort, il faut un “levier d'action communautaire et européen”. Nos propositions se décomposent en trois axes : 1. Solidarité : mutualiser une part importante des dettes européennes est aujourd'hui inévitable, tout comme la nécessité de pouvoir émettre des bons du Trésor européens. Les pays membres de la zone euro ne traverseront pas cette crise individuellement. C'est, au contraire, par la solidarité et l'engagement collectif qu'ils pourront éviter le pire. Comme l'explique Marielle de Sarnez, responsable des affaires étrangères au sein du Shadow cabinet, "par la création d'euro-obligations et la mutualisation d'une partie de leurs dettes, les membres de la zone euro afficheraient leur détermination commune à sauvegarder l'euro". La création d'une Agence européenne de la dette (AED) permettrait ainsi de faire face aux besoins courant d'emprunt des Etats, même si ses emprunts doivent être bien entendu plafonnés pour éviter que les Etats se sentent capables d'emprunter autant qu'ils le souhaitent. 2. Stabilité : les gouvernements européens ne doivent pas se contenter d'agir face aux symptômes ; il leur faut prendre le problème à la source. C'est pourquoi il faut aller au-delà de l'aide financière apportée aux pays touchés par la crise, en travaillant à un assainissement économique à long terme. "Si le problème de la Grèce était de recouvrer l'impôt, nous devons l'aider à bâtir un système fiscal digne de ce nom, et efficace !" commente François Bayrou. En outre, Robert Rochefort, Stéphane Cossé et Vincent Chauvet proposent la création d'une “règle d'or” européenne : “tout en s'engageant après consultation avec les partis politiques à la faire adopter rapidement dans sa propre constitution, la France pourrait proposer que les États membres de la zone euro intègrent une règle d'or commune dans leurs Constitutions respectives. Chaque loi fondamentale contiendrait ainsi un engagement solidaire prévenant à l'avenir un endettement excessif, rassurant notamment les opinions publiques. L'adoption de cette règle viendrait bien entendu renforcer d'autant plus la solidité de l'euro et l'intégration de la zone. Cette initiative serait ainsi une mesure-clé de l'indispensable nouvelle gouvernance économique européenne, sur laquelle la France et l'Allemagne se sont engagées à faire des propositions.” 3. Gouvernance : le Mouvement Démocrate est favorable à la mise en place d'un commissaire au Trésor européen, en dialogue constant avec les ministres des finances des pays membres. Dès lors que les situations espagnole et italienne genèrent elles aussi des inquiétudes, la politique économique et financière de l'Europe ne peut pas continuer d'être divisée entre les dix-sept pays de l'Union économique et monétaire. "La souveraineté est partagée par tous les pays de la zone euro depuis qu’ils ont décidé d’avoir une monnaie en commun", analyse Sylvie Goulard, membre du Shadow Cabinet en charge des questions européennes. "Il faut qu’on ait en face des décideurs qui soient choisis par les peuples, mais aussi responsables devant le Parlement européen et les Parlements nationaux". "Il faut un chef d'orchestre (...) en charge de veiller à la cohérence des orientations budgétaires des Etats, d'évaluer leurs besoins financiers, de superviser l'émission des bons du Trésor européen, et d'incarner au niveau politique l'unité de la zone euro" résument Robert Rochefort et Stéphane Cossé. Réagissant aux annonces sur la Zone Euro d'Angela Merkel et de Nicolas Sarkozy mardi 16 Août, Marielle de Sarnez a souligné des orientations positives. Elle a cependant a tenu à rappeler "les problèmes de la France qui tiennent à son affaiblissement économique continu et inquiétant. C'est bien sur ce front là que se livreront les batailles essentielles." Le sujet de la création d'euro-obligations ou d'un poste de ministre européen des Finances avance, malgré l'opposition de l'Allemagne, qui ne veut pas payer pour les pays les moins vertueux. Pourtant, c'est bel et bien par une solidarité et une stabilité accrues, sous la gouvernance commune de l'ensemble des pays européens, que la France pourra s'aider elle-même, en permettant aux pays endettés de retrouver une situation économique stable. Comme l'écrivent Stéphane Cossé et Robert Rochefort, "le pire a été évité, mais la maison est encore à construire". C'est dans ce sens qu’œuvrent chaque jour les élus du Mouvement Démocrate au sein du Parlement européen.
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