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16 décembre 2010

"Madame Merkel, l'avenir de l'euro est entre vos mains", estime Stéphane Cossé

Stéphane Cossé

Dans une tribune publiée par le journal Le Figaro, Stéphane Cossé, animateur de la commission Économie du Mouvement Démocrate et membre de l'équipe de Robert Rochefort au sein du Shadow Cabinet, en appelle à la chancelière allemande Angela Merkel pour sortir la monnaie unique de la crise qu'elle rencontre actuellement. Découvrez sa déclaration dans son intégralité.

Deuxième monnaie de réserves au monde, l’euro est pourtant sur le point d’imploser. Aucun scénario de sortie n’a été prévu. Et pourtant, selon nombre d’experts financiers, nous y sommes. A ce point de la crise, reconnaissons-le, la Chancelière allemande semble la seule à même de tracer encore l’avenir de la zone. Car elle est la seule autorité politique d’envergure à avoir encore gardé une crédibilité financière. Les autres sont à la tête d’Etats financièrement très affaiblis, ou pas suffisamment influents. Pour un Européen convaincu, l’euro est un atout économique, mais aussi un vecteur de paix et de stabilité et un modèle pour le reste du monde. Comment alors vous convaincre, Madame la Chancelière ?

D’abord vous le rappeler : tous les pays de la zone euro se tiennent. Opposer les uns et les autres n’est pas pertinent. Et l’Allemagne seule aura du mal. La zone euro est une économie intégrée : les excédents de balance courante sont largement les déficits des autres. 44 pour cent des exportations de l’Allemagne se font dans la zone euro et 63 pour cent au sein de l’Union européenne. Jusqu'à ce que les déséquilibres ne deviennent trop divergents, les pays non vertueux ont pu rester « indisciplinés » grâce aux taux bas du modèle allemand et la confiance dans la BCE. A l’avenir, sans rigueur des pays « indisciplinés », il est normal que l’Allemagne ne soit pas prête à financer les déficits budgétaires. Mais, sans demande intérieure en Allemagne, les pays « indisciplinés » ne peuvent à l’inverse évoluer favorablement.

Ensuite, Madame Merkel, cette crise peut encore être gérée. En témoigne le rôle de la BCE. La BCE a contribué à renforcer la confiance en l’euro en maintenant la maîtrise de l’inflation comme objectif cardinal. L’euro, au pire de la crise, n’est-il pas encore toujours surévalué ? Sa politique thérapeutique de rachats de dette publiques est justifiée pour faire face à une spéculation qui, elle, est injustifiable. De même, l’expertise du FMI dans la gestion urgente des crises est sans égale. Et la mise en place d’un Fonds Européen de Stabilité Financière, un Fonds Monétaire Européen qui aurait dû être envisagé dès la création de l’euro, est aussi une avancée majeure.

Enfin, regardons vers l’avenir. Il faut se féliciter de la décision prise de pérenniser le Fonds Monétaire Européen. Et, de même, de créer une clause collective faisant contribuer en cas de défaillance les détenteurs privés d’obligations souveraines. Attention toutefois : déclarer un Etat en faillite peut déclencher une panique incontrôlée. Mais, Madame la Chancelière, tant mieux si cette clause à laquelle vous teniez tant, peut rassurer votre opinion publique soucieuse de mutualiser les coûts entre privé et public.

Cela ne suffira pourtant pas. La crise de la zone euro est le reflet de l’interdépendance et donc de du manque de coordination macroéconomique. La Commission Européenne a certes proposé des solutions bienvenues, comme la réforme du Pacte de stabilité et de croissance pour une meilleure surveillance budgétaire des Etats. Contrôle et sanction sont essentiels. Mais il faut l’accompagner d’une gouvernance économique plus ambitieuse. Comment ?

D’une part, créer un Conseil de la Politique Économique de la zone euro au niveau des chefs d’États et de gouvernements. L’Eurogroupe, qui réunit les ministres des finances, joue un rôle politique trop faible. Techniquement appuyé par la Commission et présidé par le Président du Conseil, ce Conseil désignerait un Ministre des Finances de la zone euro, ou Directeur du Trésor européen, en charge d’exercer sous son autorité une coordination effective de la politique économique. Cela vous coûterait peu, Madame la Chancelière, mais cela serait un signal fort.

D’autre part, créer un Trésor européen, pour gérer des euro-obligations (conditionnées à la maîtrise commune des capacités d’emprunt des Etats) et favoriser l’émergence d’un taux européen unique sur une partie de la dette souveraine. Vous n’en voulez pas, avez-vous dit avec le Président Sarkozy. Laissez au moins votre Ministre des Finances examiner cela, comme il l’a suggéré. Vous feriez preuve d’un beau geste de solidarité. Et votre pays profiterait d’une plus forte stabilité financière de l’Europe.

Enfin, mettre en place un Fonds de stabilisation conjoncturelle, outil de coordination macroéconomique. Vous avez émis des réserves sur un budget européen plus mutualisé. Envisagez alors à minima un tel Fonds grâce aux recettes fiscales accumulées en phase de croissance (via une fraction limitée d’un impôt national lié à l’activité).

Voilà, Madame Merkel, quelques options possibles. La coordination macroéconomique est notamment très urgente. Il ne tient qu’à vous de voir quelle marque vous souhaitez laisser dans l’histoire économique de votre pays et de l’Europe, même au risque d’être impopulaire à court terme dans votre pays.

Stéphane Cossé Maître de conférences à Sciences-Po Animateur de la Commission économie du MoDem

| Mots clés : cosse  euro  europe  merkel  crise  BCE  allemagne 


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