2 avril 2008

François Bayrou: trois réflexions sur l'Afghanistan

La décision de dépêcher 1000 hommes supplémentaires en Afghanistan, qui a été annoncée (de manière provocatrice et désinvolte) devant les parlementaires britanniques, mérite trois réflexions. Première réflexion : si cette décision est une réponse au devoir d'assistance qui lie des partenaires au sein d'une alliance dès lors qu'ils ont entrepris ensemble une action militaire, autorisée par les instances internationales, et qui met certains d'entre eux en difficulté, elle n'est pas illégitime. Chacun sait que depuis des mois, l'armée canadienne, en particulier, se trouve chargée d'une lourde responsabilité, dans le sud de l'Afghanistan, dans les provinces limitrophes du Pakistan, et qu'elle appelle ses alliés a partager une partie de sa charge. C'est ainsi que le chiffre de 1000 hommes d'appui ou de soutien a été depuis longtemps articulé par les autorités canadiennes, qui ont fait de ce renfort la condition même pour leur maintien dans le dispositif de l'IFAS au-delà de 2009. Souhaiter répondre à cet appel angoissé, c'est légitime. Un millier de soldats français à l'Est, cela permettra à un millier de soldats américains de soutenir leurs camarades canadiens au Sud. Il s'agit d'une opération internationale, conduite dans sa deuxième partie par l'OTAN, après approbation de l'ONU, conforme au droit international, qui s'attaque de fait à deux grands fléaux le fanatisme terroriste et violent, et le trafic de drogue. Si le front mis en place cédait, en effet, cela serait dramatique pour toute une partie du monde et l'écho, n'en doutons pas, en serait ressenti jusqu'à chez nous. Il y a bien sûr une condition, c'est d'inclure ce geste de solidarité dans un plan d'autonomisation de l'Afghanistan, de son pouvoir souverain, de sa police interne, de son armée, de sorte que soit évité, autant que possible, le risque d'enlisement du conflit dans une partie du monde où les précédents militaires sont édifiants !

Deuxième réflexion : mais si cette décision est pensée dans un autre cadre, comme prélude et gage au retour de la France dans l’organisation intégrée de l’OTAN, alors il s’agit de tout autre chose. Bien des déclarations ont été énoncées depuis la mise en place du nouveau gouvernement, indiquant, je cite le ministre de la défense, « qu’il fallait cesser de barguigner » et dare-dare reprendre dans l’organisation intégrée du traité de l’Atlantique nord, la place de dépendance dont la volonté du général de Gaulle nous avait sortis pour donner à la France le signe visible de son indépendance. Ceci est un grand sujet de préoccupation : nous avons eu à nous inquiéter encore récemment lorsque fut annoncé l’installation sur le détroit d’Ormuz, à Abou Dhabi, d’une base militaire interarmes, à quelques dizaines de miles marins de l’Iran. Ceci engage le destin de la nation, et le destin de l’Europe. L’indépendance de la France, c’est la garantie de l’indépendance de l’Europe. Bien entendu, tout le monde nous engage à retrouver notre place dans l’OTAN intégrée. Bien entendu, tout le monde, des forces considérables, plaident pour que nous renoncions à l’alliance libre pour entrer dans l’alliance contrainte. Raison de plus pour défendre au contraire la vocation d’indépendance dont la France a besoin, dont l’Europe a besoin, sinon son alignement est accompli. L’indépendance de la France, la France en a besoin, l’Europe en a besoin, et nous croyons que le monde a besoin, comme on l’a vu au moment de la guerre en Irak.

Dernière réflexion. Dans les circonstances budgétaires que l’on nous annonce, et auxquelles les décisions de gestion du gouvernement prises dès le début de son mandat, nous contraignent plus que jamais, il ne sera pas possible de maintenir des hommes sur des théâtres d’opération aussi divers que le Kosovo (2000 femmes et hommes), la Côte d’Ivoire (2400), le Liban (1500), le Tchad (1100), bientôt le Darfour (2000), le détroit d’Ormuz (au moins 500), et l’Afghanistan (2900) ! Un homme sur le terrain en raison de la règle des trois tiers, service, préparation, repos, oblige à la mobilisation de trois hommes. Ce sont donc si je compte bien presque 40 000 personnels de nos armées qui sont ainsi requis, avec les questions de logistique, d’équipement, d’armement qui se posent et qui suscitent vous le savez, dans leurs rangs, bien des débats. La multiplication de ces interventions n’a jamais été à portée des armes de la France, et en tout cas ne le sera pas dans l’avenir. Il y a comme un divorce entre ces interventions tous azimuts et les moyens qui sont ceux de notre armée. Ce divorce posera des problèmes considérables.

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en désaccord

Posté par : P_O_ | 18 avril 2008 22:00

Si on avait la conviction que cette intervention soit efficace, on pourrait la comprendre. mais les infos ne semblent pas aller dans ce sens, cf envoyé spécial d'il y a quelques semaines. est-ce cela a affaibli les terrroristes ? sur le plan ONU, oui cette guerre est conforme au droit international. mais elle reste tout de même une initiative américaine. or, les E-U ont été tout sauf cohérents à une époque, ils ont bien armé les Talibans et aujourd'hui, ces derniers sont devenus incontrolâbles et donc les E-U appellent leurs alliés à leur rescousse. c'est un peu facile. c'est un exemple pur et simple d'atlantisme. curieux que François Bayrou vienne donc soutenir cet engagement, d'autant plus que Nicolas Sarkozy avait laissé supposer un désengagement au moins partiel d'Afghanistan sûrement pas un renforcement. La réalité du conflit afghan est un enlisement ... alors cela vaut-il qu'on mette en jeu la vie de nos soldats pour ça ? cela vaut-il qu'on aggrave notre déficit budgétaire pour ça ? pour comparaison, le budget qui serait nécessaire pour traiter l'ensemble des patients français atteints de la sclérose en plaques avec un nouveau traitement atteint la moitié du budget de l'intervention française en Afghanistan ...


OTAN et défense européenne

Posté par : pastel | 8 avril 2008 22:15

D'accord 100 % avec François Bayrou sur l'Aghanistan, pas d'accord (et désolé de jeter ce pavé dans la mare) sur l'OTAN pour les raisons suivantes: Il est faux de dire que la non-intégration de la France dans les structures militaires de l'OTAN est un gage d'indépendance de la France, voire de l'Europe (voilà encore une prétention bien hexagonale dont François Bayrou est normalement un des rares hommes politiques en France à être exempt). C'était peut-être vrai hier, dans le contexte de la guerre froide, qui poussait les alliés à un alignement inconditionnel sur la politique américaine. Ce n'est plus vrai aujourd'hui. La preuve? La France n'a pas été la seule à s'opposer à la guerre d'Irak au sein de l'OTAN, guerre qui d'ailleurs n'a pas été approuvée ni par l'ONU ni par l'OTAN. Avec la France, l'Allemagne, la Belgique, la Grèce, suivis plus tard par d'autres, ont tenu tête à l'administration Bush malgré la très forte tension que cela à amené dans les relations avec les Etats-Unis. Et contrairement à une idée reçue, ce n'est pas la France qui a amené l'Allemagne à s'opposer à la guerre d'Irak, mais cette dernière a résolument défendu cette ligne dès le départ. L'axe franco-allemand sest très fortement affirmé sur cette question parce que les deux pays soutenaient fermement cette ligne. Ensuite, de fait, la France a participé à toutes les missions de l'OTAN. Elle a, en réalité, été un des pays les plus engagés militairement dans toutes les missions impliquant l'OTAN depuis la fin de la guerre froide. Enfin, c'est un fait accepté de longue date par tous les pays membres de l'Union européenne (et notamment par la France, malgré l'hypocrisie entretenue à cet égard par les Présidents Mitterrand et Chirac) que le développement d'une défense européenne passe par l'interopérabilité des structures de défense européennes avec celles de l'OTAN. Or, cette interopérabilité est facilitée par la réintégration de la France dans toutes les structures de l'OTAN. La réalisation de ce qu'on appelle le pillier européen de l'OTAN est un gage de l'évolution de l'OTAN vers une structure paritaire au sein de laquelle la France et ses voisins européens sont en mesure de décider d'égal à égal avec les Américains des grands choix de sécurité qui s'imposent à nous. L'opposition de dix pays de l'OTAN au sommet de Bucarest à la tentative de forcing américaine quant à l'octroi d'un statut de pays adhérent à l'Ukraine et à la Géorgie en est l'illustration. Désolé, mais il est temps d'en finir avec cette vache sacrée, qui n'est qu'un de ces nombreux mythes hérités du passé qui entravent la modernisation de notre pays et de l'Europe.


Afghanistan

Posté par : Michel49 | 5 avril 2008 16:40

Tout à fait d'accord avec F.Bayrou, il ne faut pas se cacher derrière des problèmes administratifs ou de formation (très importants par ailleurs) ; il faut savoir aller au combat et soutenir nos amis.


afghanistan

Posté par : popaulpot | 5 avril 2008 11:35

Le fait que nous puissions nous aligner sur la position américaine me dérange. Ce sont bien les américains qui ont armé ce fou dangereux de Hekmatyar pour bombarder les populations civiles de Kaboul quand Massoud était au pouvoir en tant que ministre de la Défense. Ce même Massoud que les américains ont toujours refusé de soutenir. La position de François Bayrou est très équilibrée s'il s'agit de permettre aux américains de soulager nos alliés canadiens. Malheureusement les troupes US ne sont pas dans cette logique d'assistance : on l'a vu en Irak ou le corps expéditionnaire britannique s'est vu confier les régions difficiles de Bassorah et les marais frontaliers de l'Iran pendant que les "boys" se barricadaient dans la zone verte. Et en Somalie, ils sont carrément partis la queue entre les jambes avant de remettre le merdier grâce à leurs alliés éthiopiens.


souvenir

Posté par : davalie | 4 avril 2008 22:34

Et l'on se souvient avec émotion de ce si beau film sur le commandant Massoud, présenté à travers la France par le Général Morillon.