9 juillet 2010
Abdoulatifou Aly, député MoDem de Mayotte, est intervenu à l'Assemblée nationale sur le projet de loi interdisant la dissimulation du visage dans l'espace public.
"Monsieur le Président
Madame le Ministre d'Etat,
Monsieur le Rapporteur,
Mes chers Collègues,
Le port du voile intégral est un phénomène récent en France. Il concerne en plus une infime minorité de la jeunesse. Et pourtant, il suscite une vive émotion et une large réprobation de la grande majorité de nos concitoyens qui considèrent que cet accoutrement porte une atteinte inadmissible aux valeurs et principes fondamentaux de la République. (Lire la suite)
Pour lutter contre la multiplication de cette pratique, faut-il légiférer ou procéder
autrement ? Un problème de société ne peut-il être réglé efficacement que par le biais d'une
législation ? En tout cas, même après l'adoption unanime d'une résolution condamnant la burqa, le
Gouvernement confirme son choix de nous soumettre un projet de loi interdisant la dissimulation du
visage dans l'espace public.
En évitant de parler de burqa ou de nikab, l'intitulé du présent projet de loi présente
l'avantage de ne pas stigmatiser les musulmans et de souligner au contraire que la dissimulation du
visage ne peut se fonder sur aucun précepte islamique. Ainsi donc, halte à l'amalgame et aux
confusions en tous genres !
De ce fait, même si la question du voile intégral ne correspond pas aux priorités économiques
et sociales du moment, il va sans dire que le Gouvernement a eu raison de répondre aux attentes de
nos compatriotes en la traitant à temps, sans précipitation ni escamotage du débat public
nécessaire.
De même , beaucoup apprécient que le souci d'un certain pragmatisme ait conduit à privilégier
la pédagogie et la médiation avant le prononcé d'une sanction somme toute bien proportionnée.
Il n'en demeure pas moins que, par sa généralité, la formulation de l'interdiction de la
dissimulation du visage en public ouvre une interrogation sur sa constitutionnalité et sa
conventionnalité. Les mises en garde réitérées du Conseil d'Etat devraient appeler à davantage de
prudence encore.
Mais face aux risques qui planent sur les principes républicains que sont la dignité humaine,
l'égalité hommes/femmes et surtout la vie en société à visage découvert, l'audace gouvernementale
s'avère à la fois compréhensible et légitime.
D'autant que le bilan de l'exécution de la loi, prévu dans les dix-huit mois de sa mise en
oeuvre, offre l'occasion de voter ultérieurement les ajustements qui s'avèreraient nécessaires.
C'est dire que ce projet, initialement polémique et proposé dans des circonstances propices
aux joutes politiques, a évolué sensiblement pour devenir peut-être pas parfait mais largement
consensuel et dans un contexte apaisé.
C'est pourquoi je n'hésite donc pas à me prononcer en sa faveur.
Je vous remercie."
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Oui mais ...
Posté par : rouldug | 10 juillet 2010 11:32... je reste pour ma part opposer au principe même d'une loi. Nous avons d'autres urgences en vue ; la crise aidant, il y a de la gabegie, de l'affairisme et de la corruption qui se développe partout en France et nos concitoyens pris en otage sont dangereusement démotivés. Par ailleurs, notre corps social est théoriquement suffisamment fort pour se défendre par lui même contre ce genre de pratique regrettable. Restons libéral à cet égard. Ensuite, la loi contre la burqa ne répond pas à des objectifs suffisamment sérieux. L'image déplorable que veulent véhiculer ces femmes les concernent en premier lieu, ce ne sont pas des incapables majeurs à protéger et c'est d'abord et avant tout leur problème. Y répondre par le silence et le mépris doit pouvoir suffire. Et enfin pour finir, cette loi intervient non sans arrières pensées pour bon nombre de politiciens : stigmatiser une communauté religieuse dans un esprit laïciste, voire par extension toutes les communautés religieuses - autre que la sienne évidemment - dans un but sectaire. Et je regrette à cet égard un manque de recul et de pugnacité, une certaine hypocrisie qui règne au sein du Mouvement Démocrate sur le sujet certes difficile de la laïcité. On ne grandira pas la communauté nationale en fustigeant bêtement telle ou telle communauté religieuse.
Un problème délicat et douloureux
Posté par : janaymar | 9 juillet 2010 17:14Merci à Monsieur Abdoulatifou pour son intervention pleine de tact. Il est vrai que cette prochaine loi va concerner un petit nombre de nos concitoyens. Mais il est prudent de rappeler certaines exigences auxquelles nos concitoyens doivent se conformer, des exigences qui sont la condition de l'intégration dans notre société. La tolérance n'est pas de tout tolérer. C'est sa définition même. Et inversement, nous savons bien que la tolérance avec laquelle nous regardons certaines pratiques n'entraîne pas forcément la réciprocité. Je m'explique : ceux qui nous reprochent un manque tolérance sont parfois les plus sectaires. Dans la vie quotidienne, lorsque je rencontre des femmes paraissant autrefois épanouies et désormais cachées sous leurs vêtements, furtives, je ressens de la douleur et je me dis qu'une loi en termes mesurés peut être pour ces femmes un signal de solidarité envers elles. C'est pourquoi j'approuverai un vote de nos élus en ce sens, bien qu'à l'origine, je n'aie pas aimé les circonstances dans lesquelles le débat est né.